Lemmings (Amiga, 1991)

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LEMMINGS
Année : 1991
Studio : DMA Design
Éditeur : Psygnosis
Genre : They say jump, you say how high
Joué et testé sur Amiga 500
Support : disquettes


Ils ont les cheveux verts, un gros nez et les pieds roses. Ils débarquent sans crier gare depuis une trappe ouverte dans le ciel, à moins que ce ne soit dans le plafond ou son araignée. Tout cela parait en effet un peu dérangé : les lemmings défilent ainsi en ligne droite, sans jamais hésiter quand bien même leur prochain pas équivaudrait à les précipiter dans le vide, à les faire passer de vie à trépas. Oh no! Heureusement, une main invisible va se décider à les guider. Avec ce coup de pouce du destin, les lemmings pourront creuser, planer, coopérer… Pour éventuellement, enfin, apercevoir le bout de ce merveilleux tunnel plein de pixels ?

Le jeu de Psygnosis, sorti en 1991 sur Amiga, a sans doute contribué à la popularité des lemmings, ces petits mammifères que l’on disait suffisamment stupides pour se jeter dans le vide. C’est en réalité complètement faux, le lemming n’étant pas moins intelligent qu’un autre rongeur. On doit cette légende urbaine à un documentaire animalier de Disney, WHITE WILDERNESS, réalisé par James Algar (oscarisé trois fois, réalisateur de FANTASIA) et datant de 1959. Dans ce documentaire, les techniciens eurent l’affreuse idée de forcer des lemmings à se précipiter dans le vide, afin de renforcer l’aspect dramatique de leur récit. Tout était trafiqué d’ailleurs, dans cette histoire : le lieu de tournage était mensonger, et les lemmings avaient été amenés là-bas à dessein. Les comportements condamnables de Disney, dont on aimerait tirer les grandes oreilles, ne datent donc pas d’aujourd’hui…

LEMMINGS, le jeu, fit l’effet d’une petite bombe lors de sa sortie en 1991, et ses suites et autres extensions eurent une influence folle sur tout un pan de l’industrie vidéoludique. Le but était simple : guider les lemmings jusqu’à la sortie. Mais ceux-ci marchant stupidement en ligne droite (merci Disney), il fallait les sauver en leur donnant diverses instructions : creuser, planer avec un parachute, construire un pont, bloquer ses congénères, en faire exploser d’autres, etc. Il était nécessaire de garder un œil sur le chrono, un autre sur nos charmants petits bestiaux, tout en anticipant constamment. Le succès fut foudroyant : quasiment aucun joueur n’avait pu résister à l’appel du coup de pioche des petits lemmings.

LEMMINGS est, à première vue, un jeu parfait. Tout semble avoir été pensé et soupesé avec une science aiguë du détail. Les graphismes en général, et les animations des lemmings en particulier sont superbes. Avec trois petits bouts de pixels carrés, les développeurs sont parvenus à donner corps et âme à ces petits êtres imaginaires, à tel point que c’est parfois un véritable crève-cœur d’en sacrifier quelques-uns pour le bien du plus grand nombre. Les musiques sont très bonnes, les petites voix digitalisées sont mignonnes au possible, et même les écrans entre les niveaux sont bien pensés – souvent drôles, ils annoncent clairement les objectifs à atteindre tout en donnant, parfois, quelques indices sur la marche (forcée) à suivre.

La maniabilité n’est pas en reste. Elle ne souffre d’aucun défaut. Un clic gauche de la souris sur un lemming permet de lui attribuer une action préalablement sélectionnée, il est également possible de faire scroller l’écran quand celui-ci est très large et même d’accélérer le scrolling en question avec un clic droit – essentiel dans les niveaux avancés, quand il faudra aller et venir un peu partout et courir plusieurs lièvres… euh lemmings à la fois.

Vous voulez d’autres exemples de la perfection du jeu de Psygnosis ? Quand les bâtisseurs de pont s’apprêtent à stopper leur effort, et éventuellement à tomber dans le vide, un petit bruit de pioche très significatif vient nous avertir de la proximité du danger. Lorsque l’on maitrise enfin un niveau et que nos pions sont définitivement bien placés, inutile d’attendre trop longtemps les dizaines de lemmings retardataires : il est possible de considérablement accélérer le flux de leur arrivée, et donc de rapidement terminer la mission en cours. Enfin si vous trouvez les niveaux avancés trop retors, inutile de pousser des cris d’orfraie : des mots de passe sont continuellement proposés aux joueurs afin de leur permettre de reprendre leur partie plus tard. Il y a d’ailleurs une fonction pause extrêmement pratique durant le jeu – il est parfois nécessaire de prendre un peu de recul, d’explorer les lieux avec sa souris afin d’élaborer la meilleure stratégie.

Il y a cent-vingt niveaux au total. En plus, bien évidemment, de proposer une difficulté croissante (admettons que vers la fin, certains passages au pixel ou à la seconde près sont un peu abusés), ils sont souvent très différents les uns des autres. Outre les clins d’œil délicieux à d’autres jeux de l’écurie Psygnosis (SHADOW OF THE BEAST, MENACE, AWESOME…), les prérequis demandés pour terminer un niveau précis varient tellement que LEMMINGS n’est jamais redondant : le nombre de lemmings à sauver, le temps imparti, les tâches sélectionnables, la vitesse d’arrivée des futurs sacrifiés… Selon les objectifs imposés, la stratégie du joueur changera du tout au tout : on ne joue pas de la même manière lorsque l’on doit sauver 95 ou 100% des lemmings, et quand on est autorisé à descendre sous le seuil des 50 ou 40%… Une mauvaise manip, une hésitation coupable, une erreur vénielle pourront alors être rattrapées, ou pas.

Je ne pense pas avoir terminé le jeu à la régulière à l’époque. Impatient, j’avais sans doute cédé aux sirènes des cheat codes afin de progresser plus rapidement. Cette fois-ci, je voulais vraiment terminer chacun des cent-vingt niveaux du jeu à la seule force du poignet, en prenant mon temps, étalant mes parties sur plusieurs mois… Mais j’ai quand même dû me résoudre à utiliser des mots de passe à plusieurs reprises (je me répète, mais certains tableaux sont trop machiavéliques, ne laissant aucune place à l’improvisation). Le jeu de Psygnosis demeure profond, valorisant, drôle et intelligent : loin d’être stupides, les lemmings ne ménagent pas nos méninges !

Note : Nostalgie :

Un clic droit et un clic gauche pour une claque adroite et monumentale à tous les joueurs, même gauches. LEMMINGS est un jeu de réflexion à la maniabilité parfaite, et hyper intuitive. Une fois en main, il est très difficile de lâcher la souris : en l’état, le mot culte n’est pas du tout galvaudé. Et pour la petite histoire, le studio surdoué derrière ce jeu sera plusieurs années plus tard à l’origine d’un certain GRAND THEFT AUTO… Le talent, contrairement aux lemmings de Psygnosis, ne tombe donc pas du ciel.

Images : Jeux vidéo et des bas

Test dans Gros Plan sur la Souris (1991) :

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