Engacho! (PlayStation, 1999)

ENGACHO!
Année : 1999
Studio : NAC Geographic Products Inc.
Éditeur : NAC Geographic Products Inc.
Genre : en guerre contre les ca-cas sociaux
Joué et testé sur PlayStation
Support : CD-ROM


Un petit garçon est devenu la risée de l’école. Pas forcément gâté par la nature, le garnement vit un calvaire à cause de ses camarades de classe, qui prennent un malin plaisir à l’humilier. Fatigué par les jérémiades et la faiblesse de son fils, le père va tenter le tout pour le tout pour lui faire reprendre confiance. Pour cela, il va l’initier à une espèce de stage commando dans un univers bien étrange, peuplé de caricatures des élèves qui le malmènent à l’école. Pour prouver à son père qu’il est davantage qu’un enfant peureux et pleurnichard, le petit garçon va donc devoir affronter des centaines de tableaux dont les sorties sont gardées par des individus immondes qui n’auront de cesse de le souiller. S’il ne veut pas crouler sous la morve ou des tas de matières fécales, s’il ne souhaite pas respirer des aisselles nauséabondes ou se faire lécher par des langues puantes, il devra rivaliser de courage et d’intelligence.
Engacho!

ENGACHO! Kezako ? Il s’agit en fait d’une expression utilisée par les enfants japonais – prononcée à temps, celle-ci peut les protéger du mauvais sort. L’un de vos camarades marche dans une crotte de chien (peu probable au Japon, mais imaginons). Vous êtes à ses côtés et, pour ne pas que sa malchance se propage, vous pouvez prononcer le mot magique : engacho! L’expression peut également être utilisée quand les gamins jouent à onigokko (le jeu du chat et de la souris, en gros).

Dans ENGACHO! vous incarnez un enfant pris en grippe par ses camarades de classe – il faut dire qu’il a quand même une belle tête de victime ! Pour lui redonner confiance, son père va le lancer (mais littéralement) dans des salles de « défi ». Dans chacune d’elles, il faudra atteindre la sortie en évitant plusieurs personnages glauques. En cas de contact avec l’un des quatre bonhommes louches, ce n’est pas la mort qui vous attend mais… l’humiliation ! Ces individus répondent aux doux noms de Silk S’il Vous Plait, Debu, Hanabishin et Spicy. Attention accrochez-vous, car les supplices que les intéressés feront subir au petit garçon sont absolument A-TROCES !

Silk S’il vous plait possède une langue dégueulasse et protubérante. Il peut vous lécher jusqu’à vous faire mourir… de honte !
Debu (le gros, ou le gros cul) est une paire de fesses volantes (hum). S’il vous touche, il vous inondera de déjections vertes avec le nuage de flatulences qui va avec.
Hanabishin (le feu d’artifice des narines) a un problème avec son nez… Il s’en dégage en effet un liquide nauséabond et en quantité abondante. Si par malheur Hanabishin vous rejoint, il prendra un malin plaisir à partager sa morve avec vous.
Spicy, enfin, possède des aisselles à tel point malodorantes qu’on les dit épicées. Préparez-vous à être asphyxié sous un déluge d’odeurs innommables, résultat d’un improbable mélange acide de sueurs, de crasse et d’autres ingrédients encore plus secrets que la recette empoisonnée du Coca-Cola !
Present. Un peu hors-concours, Present est immobile et épouse en réalité les formes exquises d’un cadeau – et pourtant, ce n’en est pas un ! Attention à la douloureuse surprise…

Fun, crade et complètement improbable, ENGACHO! c’est du jeu japonais pur jus (de gland). Mieux : si l’ambiance absolument géniale et de très mauvais goût est indéniablement un gros atout, ENGACHO! peut également se prévaloir d’être particulièrement réussi sur le fond (du slip). Il s’agit en réalité d’un jeu de réflexion au tour par tour. Chaque tableau est constitué de plusieurs cases (parfois un gros damier, d’autres fois d’étroits couloirs) qu’il vous faudra parcourir en évitant les monstres afin d’atteindre la sortie. Les pervers monsters ne bougent pas tant que vous êtes immobile – un détail important, puisque vous aurez ainsi le temps de bien analyser la situation à chaque fois. Par contre, à chacun de vos mouvements, les bonhommes patibulaires se déplaceront d’une case. Mais en plus d’une fente (dans Debu), il y a une feinte : les quatre crasseux réagissent tous de manière différente. Ainsi, un peu à la manière d’un jeu d’échecs, chaque personnage possède une manière propre de se déplacer. Si vous avancez d’une case, Silk fera de même (il singe vos mouvements), tandis que Debu partira dans la direction opposée. Hanabishin pour sa part, ira toujours 90° à droite de votre dernier mouvement (si vous vous dirigez vers le sud, il partira vers l’ouest). Spicy, enfin, fera l’inverse : 90° à gauche de votre dernier pas. Il est donc possible (et recommandé) d’anticiper les mouvements de vos camarades de crasse, afin de ne pas être souillé par leur bave – voire pire, bien pire ! Pour « casser » leurs patterns et ainsi, parfois, vous dégager un chemin sûr, vous pouvez aussi les faire s’entrechoquer – dans certains cas ils pourraient même tomber dans le vide et donc quitter le tableau !

Rapidement, vous vous rendrez compte qu’il y a aussi des cases noircies (dans les ombres), et que celles-ci peuvent s’éclaircir suivant les mouvements que vous faites. Lorsque l’un des quatre bonhommes à l’hygiène corporelle douteuse monte sur une case noircie, il s’endort. Par conséquent, vous pouvez profiter de son immobilisme pour bouger sans risquer de vous faire souiller. Un détail importantissime, difficile à maîtriser mais qui n’est, heureusement, pas trop mis en avant durant les premiers chapitres du jeu – le mode Story. Ce mode de jeu est la principale attraction de ENGACHO! Sa substantifique moelle malodorante. Il propose cinq mondes constitués de vingt tableaux chacun, avec un mode Battle à la fin de chaque chapitre – un combat contre votre père. Dans ce cas précis, point de sortie pour vous échapper, mais un duel à mort à la honte. Pour vaincre, il conviendra de bouger de manière à envoyer l’un des monstres sur votre patriarche – ce dernier bougeant également, c’est à qui sera le premier souillé ! Le mode Story n’est pas outrageusement difficile, malgré un nombre de pas limité – mais la limite est haute. Aussi, lorsque vous commencerez à bien connaître les us et coutumes anus de vos adversaires, vous vous surprendrez à terminer certains niveaux avec une insolente facilité, les doigts dans le nez – mais littéralement, dans ENGACHO! Néanmoins, et c’est à mon sens l’un des défauts du jeu, la difficulté est assez erratique. Il m’est ainsi déjà arrivé de rester bloqué près d’une heure sur un seul tableau, pour ensuite en enchaîner cinq ou six d’affilée, et sans trembler. Pire, lorsque vous finirez le mode Story (à la fin géniale et hilarante), un nouveau mode caché se révèlera à vos yeux ébahis : le mode Special avec cinq nouveaux mondes – soit cent niveaux supplémentaires ! Préparez-vous à en baver (expression qui peut prêter à confusion quand on joue à ENGACHO!), car cette fois la limitation de votre nombre de pas est presque toujours calculée au pas près – c’est-à-dire qu’il faudra terminer le tableau d’une manière bien précise, ici pas de place à l’improvisation ! Le jeu devient alors extrêmement ardu, je crois que l’on peut presque parler de hardcore gaming. C’est à la fois fabuleux et… fabuleusement frustrant. Mais, et c’est amusant, cette difficulté m’a appris certaines choses sur moi : mon cerveau réagit mieux à froid. Je suis déjà resté bloqué sur quelques tableaux du mode Special durant des heures, et des heures, et des heures. Mais après une pause de plusieurs jours, je me suis surpris à les boucler généralement du premier coup !

Hélas, trois fois hélas… Si j’ai bien terminé le mode Story (le principal mode de jeu), je n’ai pas encore eu la peau du mode Special. Je suis encore et toujours bloqué au premier tableau du cinquième monde (celui-ci). J’ai tout tenté, pourtant. Oui, j’ai eu recours à toutes les techniques possibles et imaginables : pauses zen, apprentissage du hot yoga, sacrifice vaudou et même, même la solution la plus honteuse et amorale qui soit… Oui, j’ai essayé de tricher en fouinant sur Internet ! Mais même sur Youtube ou Niconico, il n’y a rien. Je suis donc rentré bredouille avec la triste assurance d’être, en fait, l’un des seuls joueurs à avoir poussé ENGACHO! jusque-là… Je suis seul au monde, abandonné de tous et je chiale abondamment (oui c’est moi sur la photo, j’ai servi de modèle pour la boîte du jeu).

Tout cela pour vous dire que j’ai adoré ENGACHO! Condamner le jeu pour sa difficulté parfois atroce en mode Special serait résolument injuste – il s’agit d’un mode bonus, spécialement pensé pour pousser les joueurs au suicide dans leurs derniers retranchements. Le mode Story, génial et relativement abordable, suffira au bonheur du plus grand nombre – surtout qu’un mode Battle est également proposé en parallèle (je n’en suis pas particulièrement fan) ainsi qu’un mode deux joueurs. ENGACHO! est un casse-tête puissant, drôle, prenant et tellement de mauvais goût qu’il s’en dégage des odeurs peu ragoutantes, certes, mais aussi un doux parfum de jeu unique. Mieux, à mesure que l’on progresse dans l’improbable aventure, on y découvre des choses sur soi (appréhension de la difficulté, adaptation de notre cerveau à des situations inextricables) ainsi que de nouveaux détails impayables – comme ces mouvements un peu secrets permettant de créer une porte de sortie ou d’inonder l’écran avec un déferlement de caca marron (je vous rappelle qu’en général, il est vert lorsqu’il sort des fesses de Debu). Il s’agit tout simplement d’un must-have de la PS1, pour les amateurs de jeux de réflexion et de softs décalés. Ou pour les gens qui aiment être souillés. Chacun son truc, je ne juge personne.

Note : joystick 2joystick 2joystick 2   Nostalgie : joystick 2joystick 2joystick 2

ENGACHO! est un super jeu de réflexion pour deux raisons : premièrement son ambiance sale et de mauvais goût (qui rappelle un peu LES CRADOS) est tout simplement hilarante – les animations et mimiques des différents personnages, notamment celles du petit garçon peureux et geignard, sont fabuleuses. De plus, il s’agit d’un vrai casse-tête, original et particulièrement prenant, très long (300 niveaux), auquel je ne vois qu’un seul défaut : sa difficulté erratique. Le jeu est également sorti sur WonderSwan dans une version fort recommandable – et d’ailleurs recommandée par mon ami ADL, sur ce site ! Détail curieux : ENGACHO! est aussi disponible gratuitement sur Android, mais le portage fait à la va-vite est injouable du fait de la taille de l’écran – jugez plutôt.

Engacho!

Images : Jeux vidéo et des bas

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