LSD (PlayStation, 1998)

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Titre alternatif : LSD – Dream Simulator
Année : 1998
Studio : OutSide Directors Company
Éditeur : Asmik Ace Entertainment, Inc
Genre : objet vidéoludique non identifié
Joué et testé sur PlayStation
Support : CD-ROM


Ouvrez grand les yeux – pour mieux les refermer. S’endormir pour vivre un rêve éveillé, c’est là le grand pari de LSD. Apprêtez-vous à arpenter les couloirs tour à tour sombres et fluorescents de rêves distordus – et parfois tordants ! L’improbable à chaque coin de rue. Le bizarre qui déferle sans retenue. Une geisha qui flotte au-dessus de la rivière, des murs aux inscriptions phosphorescentes, un homme en gris qui vous tance… Cette avalanche de rêves s’accumulant sans objectif précis aura-t-elle finalement raison de votre esprit ? Comme l’aurait (presque) dit David Bowie : let’s transe !

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Alors avant toute chose, précisons que LSD n’est pas un jeu sur la drogue. Il va sans dire que l’équipe à l’origine du projet a bien évidemment joué sur les mots les maux, mais officiellement LSD pourrait tout autant signifier  “Lovely Sweet Dream”, “in Life, the Sensuous Dream” ou “in Limbo, the Silent Dream” – des phrases qui apparaissent dans le jeu. Tout cela n’est pas très clair, en effet. D’ailleurs si LSD a désormais acquis un statut plus ou moins culte, c’est avant tout à son flou (fou ?) artistique qu’il le doit.

LSD est en réalité le fruit défendu de l’esprit contrarié de Nishikawa Hiroko, employée chez Asmik Ace Entertainment. Cette dernière a tenu un journal intime durant une dizaine d’années dans lequel elle prenait soin de noter ses rêves effrayants ou déjantés, et autres drôles d’idées. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’à l’instar de Caroline Loeb, de toutes les matières Hiroko c’est la ouate the fuck qu’elle préfère ! De ce maelstrom de pensées en tous genres est donc né LSD, un projet en trois étapes : un CD (LSD and Remixes), un livre (Lovely Sweet Dream) et un jeu vidéo réalisé par Maeda Yoshinori et produit puis mis en musiques par Sato Osamu. Nishikawa Hiroko demeure toujours directement concernée par ce média puisqu’elle fait partie de l’équipe des designers du jeu… Du « jeu », vraiment ? La question est posée, LSD est-il réellement un jeu ? Pour moi la réponse ne fait aucun doute : bien évidemment, LSD est un jeu. Certes les interactions sont ultra limitées voire inexistantes, et le flou ambiant donne un peu l’impression de naviguer à vue sur un bateau ivre – mort. Mais oui, LSD est un jeu. Unique. Dérangeant. Psychédélique. Amusant. Redondant. Hypnotique. Ennuyeux. Surprenant. En fait, on passe un peu par tous les sentiments…

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C’est durant la première heure de l’aventure que le trip est le plus pénétrant… et l’on se dit que oui, définitivement oui : la drogue, c’est mal ! On marche au hasard, on court, on aperçoit des choses, ces choses nous renvoient parfois des regards en biais, on comprend peu ou pas les informations présentes à l’écran du menu, on repart pour une promenade, une vidéo incompréhensible se lance, là une fusée qui décolle, ici un petit train qui traverse un mur, comme un bruit de moteur derrière plus haut dans le ciel… L’objet du (Salvatore) délit ? Rien, rassurez-vous, juste un ovni qui fait des siennes. Et puis il y a ces moments presque glauques, transpirant de certains sons ou musiques, de quelques graphismes encore plus dingues et dérangeants que les autres… Comme la sensation d’être observé, par instant. La présence d’un bien étrange individu, l’homme en gris, pourrait venir conforter cette désagréable impression. L’intéressé peut-il vous terrasser ? Oui et non. Non car on ne peut pas être attaqué, dans LSD (mais on peut mourir dans certains cas, ce qui met fin au rêve avant de passer au suivant). Oui car l’homme en gris est sans doute l’unique personnage (récurrent qui plus est) qui va tenter d’interagir avec vous. S’il parvient à vous toucher, l’option Flashback du menu principal disparait – jusqu’au rêve suivant. Cette option, qui apparait au vingtième jour (un rêve = un jour), permet de revivre un songe en accéléré – pour se remémorer un passage, un moyen de retomber au même endroit plus tard ? Difficile à dire car le jeu n’a aucun but précis, ne distille pas de réels indices. Un rêve s’enclenche, il dure dix minutes (sauf exception que je vous laisse découvrir). Vous marchez, courez, regardez les décors, entendez des bruits zarbis, et pour « changer » de monde, il suffit de toucher quelque chose – n’importe quoi, littéralement : mur, porte, animal, geisha flottante, éléphant rose… Deuxième possibilité : pénétrer au fond d’un tunnel obscur.

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Dix minutes se passent, et avant de revenir au menu, vous avez droit au graph : une figure pixelisée, avec quatre points cardinaux dénommés Upper, Downer, Static et Dynamic dream. Sitôt qu’un rêve se termine, une case de ce graphique se remplit – son emplacement dépend de ce que vous avez effectué durant le rêve. Une légende urbaine qui a la peau dure prétend qu’une vidéo cachée se lancerait lorsque toutes les cases du graph sont enfin remplies – vrai ou faux ? J’espère pouvoir vérifier un jour par moi-même, mais les objectifs et actions de chaque rêve étant pour le moins flous, pour ne pas dire incompréhensibles, difficile de savoir quoi faire pour se débarrasser d’une case précise… Je n’ai pas perdu espoir et LSD est un peu devenu mon jeu « fil rouge ». Un soft que je ressors régulièrement pour de petites sessions, un ou deux rêves et puis s’en vont. Dix, vingt ou trente minutes de délire vain, diront certains, mais – et c’est là toute la force de LSD et ce qui lui a valu cette aura culte – qui semble avoir un sens. Oui, l’univers branque de LSD parait avoir une certaine logique, ce qui vient encore renforcer son petit côté          « simulateur de rêves ». On a vraiment l’impression de participer à quelque chose, d’être le témoin d’un truc spécial – et donc d’être un privilégié. On se prend à croire à l’improbable, à l’étrange. Se passera-t-il quelque chose lorsque j’atteindrai le jour 666 (j’en suis au 104ème actuellement) ? Le jeu a-t-il prévu qu’un joueur fou dépasse le rêve 999 ? Et si je provoquais une faille dans l’espace-temps le jour où toutes les cases de mon graph seront enfin grisées ?!

Grisant.

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Pour entretenir le délire de cette rêve party, les développeurs ont heureusement pensé à apporter des modifications à leur bébé à mesure que le joueur empile les jours. Il s’agit parfois de simples détails, de trucs minuscules – mais qui font leur effet : le moment où cette tête est sortie d’un mur sans prévenir, je m’en souviendrai longtemps ! Hélas, tous ces efforts n’empêchent pas le jeu de sombrer quelque peu dans la redondance. Si les premières heures sont, comme je l’ai déjà dit, dingues et résolument passionnantes (si vous êtes dans le trip), l’intérêt s’effiloche malgré tout assez vite, de sorte que l’on peine à se (re)lancer dans de longues parties. Le flou ambiant n’aide pas non plus… Ne sachant trop quoi faire ni où aller, le joueur peu motivé risque rapidement d’abandonner… Enfin, si le jeu n’est pas laid il pique malgré tout les yeux – certains sons (le bruit des pas quand on court) peuvent aussi finir par taper sur le système. De rêve survitaminé, LSD basculerait-il donc dans le cauchemar éveillé ? Je ne le pense pas. Je crois d’ailleurs que tous les défauts précités sont aussi ce qui fait la force et la spécificité de LSD. Le jeu devient un peu lourdingue à jouer durant de longues sessions ? Quoi de plus normal, pour des rêves supposés s’étirer sur des années. Et s’il convenait d’y jouer par petites touches ? Dix ou vingt minutes par jour, tous les deux mois, voire uniquement les années bissextiles ou le 32 décembre, pourquoi pas ? Ensuite, on nous dira que LSD est trop vague – et qu’il perdra donc de nombreux joueurs en chemin. Mais ce flou artistique dont semble suinter une certaine logique est aussi ce qui lui donne une âme. Si LSD avait eu des angles bien carrés comme les autres, en parlerait-on aujourd’hui encore ? Le côté technique, enfin, est bien évidemment daté mais ne condamne pas pour autant LSD au fond du fond des placards poussiéreux – entre la toile d’araignée et votre 45 tours de Guesch Patti. Si le bruit des pas est quand même un peu sadique, les graphismes et musiques très diversifiés et évolutifs confèrent un certain charme à l’aventure. Ce n’est ni joli, ni laid. Pas très clair, mais pas pour autant illisible. Un peu comme un rêve, qui nous resterait dans un coin de la tête avec des images, des flashs, mais que l’on peinerait à reconstituer de A à Zzz ?

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Certes LSD ne plaira pas à tout le monde (il ne plaira pas à grand monde ?). Mais si vous aimez les expériences étranges, pour ne pas dire rares, je vous conseille vivement de vous plonger dans ce drôle d’univers… Ses tunnels aux bras simiesques prendront un malin plaisir à vous transporter sur la planète des songes.

Note :      Nostalgie :

LSD est un titre qui est devenu plus ou moins culte, dans le petit monde des jeux vidéo. Tout d’abord parce qu’il ne ressemble à aucun autre projet. Ensuite parce qu’il vit son trip jusqu’au bout du bout de l’étrangeté. Il ne s’embarrasse d’aucun tuto, il ne définit aucun objectif à remplir. Il abandonne le joueur dans des rêves (cauchemars ?) qui se répètent à l’envi – ce qui filera la nausée à plus d’un joueur, et émerveillera les plus aventureux.

Images : divers sites et vidéos

Les premières trente minutes du jeu en vidéo :

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