Athanor 1 – L’éveil (Amstrad CPC, 2014)

ATHANOR 1 – L’ÉVEIL
Année : 2014
Studio : Safar Games
Éditeur : Safar Games
Genre : Cryo-génie
Joué et testé sur Amstrad CPC
Support : disquette


Sud de l’Italie, XIIème siècle. Un moine franciscain est envoyé dans une abbaye où, dit-on, de nombreux évènements étranges seraient survenus. Sa mission ? Enquêter parmi les moines résidant dans les lieux, et mettre à jour la vérité – quand bien même celle-ci pourrait remettre en cause sa foi. Le Franciscain est accueilli relativement froidement. Une chambre spartiate de circonstance. Des lieux interdits aux visiteurs. Des voix étranges, qui lui parviennent depuis des salles obscures… et condamnées.

ATHANOR est un jeu sorti sur Amstrad CPC en 2014, réalisé par Eric Safar un ancien de Cryo, en hommage aux jeux d’aventure à analyseur syntaxique qui sévissaient dans les années 80, sur Amstrad CPC ou Oric. Et j’en ai vécu, des épopées inoubliables aux confins de l’imaginaire, sur mon petit Amstrad CPC. Quelques écrans finement ciselés, une poignée de couleurs, des énigmes tordues et mes petits doigts musclés face à mon ordinateur et son clavier. SRAM, SRAM 2, CONSPIRATION… et tellement d’émotions. Il nous en fallait sans doute peu, à l’époque, pour stimuler notre imagination. Et quelque part, c’est aussi ça qui était beau : les jeux d’alors nous invitaient au voyage en nous prenant par la main, certes, mais sans jamais nous abandonner au rôle de simple spectateur. C’était à nous, de faire l’autre moitié du chemin. De faire travailler notre imaginaire pour compléter le travail de ces développeurs que je ne remercierai jamais assez pour avoir défriché des pans entiers du média vidéoludique. Et pour m’avoir poussé à soigner mon orthographe, mais ceci est une autre histoire !

Avec ses graphismes résolument sobres, ATHANOR semble loin des cadors du genre – les jeux Ubi Soft ou ERE, par exemple. On le situera sans doute au niveau des jeux Amstrad de première génération, pour ses qualités graphiques – j’ai aussi cru comprendre qu’ATHANOR avait d’abord été pensé comme un hommage à l’Oric. Ceci explique donc cela… ATHANOR nous rappelle donc un peu LE MYSTERE DE KIKEKANKOI (83 sur Oric, 85 sur Amstrad) ou ORPHÉE – LE VOYAGE AUX ENFERS. Quelques couleurs n’auraient pas été de trop, cependant, concernant un titre qui est tout de même sorti en 2014… Mais l’essentiel n’est pas là. L’essentiel est dans la propension d’un jeu, a priori désuet, à vous faire voyager. À la fois dans l’espace et le temps. Le temps déjà, c’est tout vu ; accrochez votre ceinture vous prenez un aller simple pour le début des années 80 ! L’espace enfin, c’est cette abbaye, qui prendra subtilement forme à mesure que vous en foulerez les pavés et en frôlerez les murs – qui ont des oreilles dit-on, et ça va encore plus loin ici… puisqu’ils risquent de vous « parler ».

Avec cette enquête chez les moines, on pense inévitablement au film (ou au livre) LE NOM DE LA ROSE (bande originale du film conseillée en jouant, ou alors cette musique, ça marche aussi). Avec un peu d’imagination, vous y croirez. Oui, un joueur issu des années 70 et 80 sait aller au-delà des écrans fixes et des sons absents : il gribouille sa propre carte des lieux, prend des notes, tente des choses… plein de choses, et il finit par être capable de s’émerveiller pour des détails, une énigme enfin résolue, un passage secret qui se révèle sous son regard interdit. Je ne vous mentirai pas : les premières minutes de jeu d’ATHANOR m’ont transporté – à la fois dans l’espace et le temps, comme je l’ai déjà précisé. ATHANOR se prend en effet en main très vite : commandes à taper au clavier, verbe à l’infinitif suivi du nom, INVENT pour afficher l’inventaire, COMBINER pour associer des objets, et les quatre points cardinaux pour se déplacer (leur première lettre suffit).

Je m’amuse, explore, j’utilise les indices présents dans la sublime boîte du jeu (un peu à la manière du packaging de MEWILO en son temps), je progresse lentement mais sûrement et… je meurs, finalement ! Ah, ah, ah ! Le game over est donc envisageable – en de très rares occasions. Sympa, surtout que j’aurais pu le sentir venir, la première fois. Je repars donc à l’abordage. Je m’amuse, j’explore, je tente de peaufiner ma carte et… je commence à me prendre la tête sur les déplacements. La caméra change de position en fait, selon les tableaux. Et il n’y a aucun moyen de savoir si on fait face au sud ou bien au nord, ou d’avoir la certitude qu’en allant deux fois à l’est on ne reviendra pas sur nos pas. C’est très étrange, et c’était déjà parfois le cas à l’époque – mais pas toujours ! Je trouve regrettable qu’un jeu de 2014 se soit volontairement réapproprié ce qui était un défaut, dans les années 80. Sans doute pour nous forcer à griffonner une carte des lieux ? Un autre petit souci vient alors pointer le bout de son nez pixelisé : l’analyseur syntaxique peut se révéler très exigeant – parfois plus que celui de certains jeux de l’époque, c’est paradoxal. Pour enfoncer le clou sur la croix, ATHANOR est également, selon moi, trop difficile. Je n’aurais jamais pu le terminer sans solution (par exemple le code des pierres, impossible à résoudre je pense). Là aussi, on me répondra que c’est un clin d’œil aux titres de l’époque, diaboliquement tordus. Certes. Mais certains étaient au contraire plus abordables (CONSPIRATION…), quand l’atroce difficulté des autres était en réalité un subterfuge peu scrupuleux de game design, à mon sens (pour rallonger la durée d’une aventure très courte en ligne droite). Un jeu de 2014 n’aurait pas dû, par nostalgie ou par hommage, remettre sur le devant de la scène des détails dont nous n’étions déjà pas fans, à l’époque : déplacements peu clairs, analyseur syntaxique fourbe et difficulté exacerbée étaient en effet les trois mamelles démoniaques que nous tétions avant de rendre l’âme. Avant de ranger le jeu sans pouvoir le terminer… pour finalement le ressortir lorsque Tilt ou Josytick Hebdo se décidaient enfin à en publier la solution !

Alors j’ai l’air d’avoir la dent dure avec ATHANOR, mais j’ai beaucoup apprécié le voyage proposé par ses auteurs, cette enquête au pays des bures, avec ses jolis clins d’œil dont un magnifique aux codes de protection (pardonnez mes péchés), ses petites piques à certaines pratiques pas très catholiques dans la Chrétienté (y met-on des mains au culte ?), et ses efforts pour faire revivre une aventure comme celles que nous avions vécues dans les années 80… comme celles qui nous ont vus et fait grandir. Amen, j’ai envie de dire… J’aurais simplement voulu que les créateurs ne poussent pas le vice de la nostalgie jusqu’à nous forcer à consulter une soluce pour progresser – comme à l’époque aussi, eh oui !

Note :     Nostalgie :

ATHANOR m’a à la fois enchanté et un tout petit peu déçu. Enchanté parce que ce jeu aurait parfaitement pu sortir au début des années 80. Un petit peu déçu parce qu’il aurait… parfaitement pu sortir au début des années 80 ! Vous allez dire que je ne suis jamais content, mais je trouve regrettable qu’un tel projet, nimbé de l’élégant voile déformant de la nostalgie, ait décidé de reprendre à la fois ce que nous aimions dans les jeux de l’époque et ce qui finissait, parfois, par nous fatiguer. La suite d’ATHANOR améliorera heureusement la recette. En tous les cas, une chose est sûre : je ne remercierai jamais assez ces passionnés qui fournissent tant d’efforts pour faire revivre ces jeux du passé et certaines émotions, oubliées.

Images : Jeux vidéo et des bas

Deux vidéos réalisées par mes soins (la musique d’intro et le début du jeu) :

 

 

A propos Oli

Mon blog dédié aux jeux vidéo, principalement rétro : https://jeux.dokokade.net/ Mon blog dédié au cinéma japonais : https://echecetcinemat.wordpress.com/
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