
UCHUU SENKAN GOMORA
Titre alternatif officieux : Bio-Ship Paladin
Année : 1991
Studio : Aisystem Tokyo
Éditeur : UPL
Genre : objet vivant non identifié
Joué et testé sur Megadrive
Support : cartouche
Un immense vaisseau spatial et sa flotte sont soudainement apparus et ont ravagé Delilah, la plus grande ville de la planète Atlantal. L’improbable et mystérieuse armée a alors continué sa route à travers la galaxie, semant tristesse et mort sur son passage. Les Forces de Défense décident alors d’envoyer le Space Battleship Gomora pour anéantir les envahisseurs. Le Space Battleship Gomora est un vaisseau très spécial, à la fois mécanique et organique, qui peut d’ailleurs grandir lorsqu’il fait le plein d’énergie ! Sa force de frappe est également sans égale, mais elle se fait au détriment de ses défenses : en effet lorsque le Space Battleship Gomora projette son laser le plus destructeur, ou Beam, il ne peut plus bouger.
UCHUU SENKAN GOMORA est un shoot’em up vraiment étrange. Le terme ovni lui va d’ailleurs comme un gant, au sens propre (notre vaisseau ne ressemble à rien) comme au figuré – sur le fond, il propose un gameplay vraiment original, et peut-être jamais vu (imaginez un shoot’em up horizontal couplé au système de jeu de MISSILE COMMAND !). Le bouton A du joypad est ainsi dédié au tir normal : il faut appuyer dessus de manière répétée, ou alors maintenez-le enfoncé pour projeter un tir concentré à la R-TYPE. Jusque-là, tout va bien. Mais accrochez votre ceinture car le jeu s’apprête à décoller vers un univers vidéoludique inexploré : si le pavé directionnel permet de déplacer notre vaisseau, le bouton B change la donne puisque la croix directionnelle fait désormais bouger une petite cible, sur l’écran. Et en appuyant une fois sur le bouton C, la cible se bloque et le bouton A tire désormais un laser surpuissant (appelé Beam) directement sur celle-ci – laser qui fait aussi office de bullet cancel ! Cela permet de pouvoir tirer (puissamment) dans n’importe quelle direction, sur n’importe quel pixel se trouvant à l’écran, où qu’il se trouve ! Mais il y a un revers à la médaille car, lorsque l’on utilise le Beam, notre vaisseau se retrouve immobilisé et particulièrement exposé – il conviendra donc de jongler intelligemment, et rapidement, avec le bouton C du joypad Megadrive au risque de finir écrasé comme une vulgaire planche à repasser. Mais comme notre vaisseau ressemble à un fer, ce ne serait peut-être pas immérité !
UCHUU SENKAN GOMORA peut donc être joué très placidement, sans utiliser le bouton C, comme un shoot’em up horizontal parfaitement normal – mais vous serez rapidement frappé par la platitude de l’ensemble. Surtout, vous devriez avoir du mal à vous défaire des boss et à avancer dans les niveaux les plus reculés du jeu. En effet, les développeurs ont tout fait pour pousser le joueur à utiliser la cible et le Beam (via le bouton C) – le vaisseau est relativement lent mais dispose d’un certain nombre de points de vie (il peut donc rester immobile quelques instants et se permettre d’encaisser deux/trois coups), des ennemis peuvent apparaitre d’un bout à l’autre de l’écran (détruisez les tourelles inatteignables avec le tir normal dès qu’elles apparaissent, n’attendez pas d’être pris entre deux feux) et les boss ont généralement été pensés à dessein – il faudra tourner autour, viser attentivement certaines parties avec la cible, abuser du Beam, utiliser le bullet cancel, etc.
Quelques bonus peuvent aussi être récupérés en chemin, comme de très classiques speed-up, modules protecteurs, etc. Et puis il y a les bonus L qui redonnent de l’énergie à nos mécaniques mais qui font également gonfler le vaisseau et ses courbes organiques. Oui, oui : le sprite du vaisseau grandit, littéralement ! Gagner des points de vie se fait donc au détriment de notre hitbox, et donc du joueur qui dans cette démarche contrite doit aussi accepter d’être plus exposé ! Il s’agit à mon sens d’un délicieux clin d’œil des développeurs, un rappel de ce qui fait la substantifique moelle de leur jeu : UCHUU SENKAN GOMORA n’est pas un shoot’em up dans lequel on s’amuse à frôler les balles ennemies. C’est parfois possible certes, mais ce n’est pas une priorité : il faut avant tout apprendre à bien gérer la cible, anticiper l’apparition des adversaires les plus retors, se reposer sur le bullet cancel et se tenir prêt à semer la mort tout en acceptant de prendre quelques coups en retour. Faire mine de courber l’échine, et ce sont alors les boss qu’on assassine.
Je sais très bien que de nombreux joueurs cloueront GOMORA au pilori. Le jeu est lent, pas très beau, le sprite de notre vaisseau n’est même pas animé, et s’il y joue comme à un shoot’em up lambda, le joueur tombera rapidement de Charybde en Scylla. D’ailleurs je suis le premier à reconnaitre que la maniabilité n’est pas parfaite, qu’il n’est pas toujours aisé de jongler avec les différents boutons et manières de se déplacer. C’est pour cette raison que j’ai toujours eu du mal à jouer à UCHUU SENKAN GOMORA dans les modes de difficulté normal et hard. En easy cependant, je trouve le jeu extrêmement plaisant, prenant et… dépaysant. D’ailleurs le rythme relativement lent de notre odyssée a quelque chose de presque relaxant, et le tout couplé aux musiques assez étranges mais presque hypnotiques, qui rappellent quelques sonorités de l’Amiga, viendra enfoncer le dernier clou dans le cercueil de ce vain débat : non UCHUU SENKAN GOMORA n’est pas un mauvais jeu. Il est juste différent, et assume tout autant son originalité que ses écueils.
UCHUU SENKAN GOMORA ne porte pas ses défauts comme un fardeau : il les assume et d’ailleurs certains d’entre eux sont là pour mettre en avant le gameplay très particulier du jeu – la lenteur du vaisseau peut s’expliquer par la volonté des développeurs de voir le joueur utiliser le Beam pour se sortir de situations a priori inextricables. UCHUU SENKAN GOMORA est un shoot’em up qui ne plaira à tout le monde, mais son originalité rend chaque partie vraiment attrayante.
Images : segaretro.org.
Vidéo de l’émission Micro Kid’s (incomplète) :
















