
ALIENS VS. PREDATOR
Année : 2010
Studio : Rebellion
Éditeur : Sega
Genre : rasta et roquettes
Joué et testé sur PlayStation 3
Support : Blu-ray
Le vaisseau USS Marlow est détruit par des tirs venus d’une étrange navette camouflée, et quelques Marines survivants parviennent à se poser sur une planète bien peu accueillante. Rookie, un nouveau soldat, se réveille en plein chaos, tandis qu’il réalise que la plupart de ses camarades sont tombés au combat, sous les coups d’innombrables xénomorphes. Heureusement, il va pouvoir compter sur l’aide de la caporale Tequila, qui va le guider à distance dans un dédale monstrueux. Un cloaque d’acide et de sang, au fond duquel Rookie va aller de mauvaises surprises en mauvaises surprises. Il l’ignore encore, mais un certain Charles Bishop Weyland, patron de la Weyland-Yutani Corp, pourrait bien s’être brûlé les doigts, et avoir envoyé par la même occasion de nombreux humains dans l’au-delà, à force de jouer à Dieu… Mais une menace encore plus prégnante plane sur les Marines. Plus animale, aussi. Un être extrêmement puissant, impitoyable. Un chasseur insatiable.
Dans l’espace, personne ne vous entendra crier. Sauf si vous regardez la série ALIEN: EARTH sur Disney+, après avoir joué au désastreux ALIENS: FIRETEAM ELITE sur PlayStation 5. L’écho de votre lente complainte devrait en effet résonner jusque dans les trous noirs les plus lointains de l’univers observable. Pour vous remettre de vos émotions, une solution : retourner à l’origine de la saga, replonger dans le bain acide de ce qui faisait le sel, et le sang, de cette franchise depuis trop longtemps fouaillée par des producteurs, scénaristes et réalisateurs aux projets flous à lier. ALIENS VS. PREDATOR, sorti en 2010, semble être le parfait remède, puisque le studio en charge des opérations se nomme Rebellion. Eh oui, il s’agit de l’équipe ayant, initialement, grandement contribué au renom de la franchise AVP avec un jeu (culte) pour l’Atari Jaguar en 1994, suivi d’un autre jeu (tout aussi culte ?) sur PC en 1999 – n’oubliez pas que le film est sorti bien après, en 2004. D’un goût douteux (merci à Paul W. S. Anderson, le fossoyeur des adaptations vidéoludiques sur grand écran), ce film et ceux qui suivirent et sévirent ne doivent pas faire oublier la qualité de plusieurs jeux se déroulant dans cet univers.
ALIENS VS. PREDATOR version 2010 reprend le concept du jeu PC original, à savoir trois campagnes proposant chacune un gameplay propre – et des mises à mort sales. Colonial Marines, Aliens ou Predator, choisissez votre camp ! Certes, les campagnes en question sont assez courtes, et cela leur a souvent été reproché par des joueurs à la bile aussi acide que le sang des xénomorphes. Mais à mes yeux, ce n’est pas un vrai défaut. Tout d’abord lorsque le jeu est sorti, on pouvait s’y adonner à plusieurs via un mode multijoueur (pas très folichon si j’en crois les retours de l’époque). Ensuite, je préfèrerais toujours un jeu court, mais dense, à un jeu long et rébarbatif. Dans ALIENS VS. PREDATOR, pas de blabla ni de puzzle et peu de tâches redondantes. Le jeu va à l’essentiel avec une aventure mordante !
La campagne des Marines est la plus intense, on rase les murs, on compte nos munitions et quand ce n’est pas la sueur qui coule de notre front, c’est notre échine qui est parcourue par de nombreux frissons. L’ambiance fonctionne, le joueur a l’impression de faire partie intégrante du film de James Cameron – le radar nous indique la position des ennemis, le feulement des Aliens impressionne toujours autant et les facehuggers n’ont jamais été aussi fourbes et malaisants. Les combats contre les Aliens sont les plus euphorisants : les bestioles ne sont pas des sacs à PV, et il est donc possible de les faire exploser comme un vieil œuf pourri en visant bien avec l’arme adaptée. Un bémol qui risque de frapper dur les joueurs les plus intransigeants : si le gameplay est correct, il n’est pas non plus au niveau des meilleurs titres du genre (même pour l’époque) notamment concernant la couverture, la visée, les mouvements (impossible de s’accroupir !). Résultat : les batailles contre des adversaires humanoïdes comme les androïdes, voire même le Predator, ne sont pas de grandes réussites (doux euphémisme). La difficulté est également étrangement réglée – tandis que je m’apprêtais à basculer dans la seconde moitié de la campagne en mode hard (qui me semblait adéquate pour profiter du jeu avec de vrais pics de stress), je suis soudainement tombé sur un os, un mur, une scène insurmontable et frustrante… Un sacerdoce ! Après m’être retrouvé submergé par des vagues innombrables d’Aliens et au bout d’une trentaine d’échecs à rendre fou le plus placide des moines shaolin, j’ai ragequitté en proférant de nombreuses insultes assassines. C’était à la fois une douche froide, et acide ! J’ai donc repris le niveau en mode easy et me suis rendu compte, finalement, que c’était largement suffisant pour s’amuser.
La campagne Aliens est la plus courte, et ce n’est pas vraiment un mal tant celle-ci peine à passionner. Rien d’infamant, mais le jeu perd en frisson, puisque l’on passe plus ou moins dans la peau du chasseur, sans nécessairement octroyer au joueur la sensation de toute puissance émanant du Predator, dont la campagne, elle aussi bancale, demeure néanmoins plus réussie. Certes c’est bien sanguinolent, et terroriser des civils, empaler des Marines et courir sur les murs à toute vitesse fait son petit effet. Mais justement, le xénomorphe est presque trop rapide, la tête en haut, la tête en bas, à l’envers, à l’endroit, et c’est toute la tête qui tourne – pas celle du Marine décapité, mais celle du joueur, hagard, un brin dépité, en particulier quand celui-ci est pris entre deux feux et qu’il peine à analyser ce qui défile devant ses yeux. Ajoutez à cela un level design pas forcément très inspiré (les décors, pas très jolis, se répètent d’ailleurs d’une campagne à l’autre), et un côté stratégique finalement peu élaboré (il vaut isoler chaque Marine), et vous obtenez la campagne la plus décevante des trois mais qui, heureusement, n’ennuie pas.
La vile campagne du Predator, qui parvient à faire ressentir au joueur la toute-puissance du bestiau, arrive alors comme une jolie cerise sur le gâteau. Après une première campagne très sympa avec un Marine affublé d’une cible dans le dos, où l’on prenait un plaisir masochiste à raser les murs, et une seconde partie moins passionnante avec les Aliens, la campagne du Predator devrait mettre tous les fans du film de John McTiernan d’accord. L’arsenal est chouette et permet de frapper aussi bien à distance qu’au corps-à-corps, les sons emblématiques de la franchise permettent de renforcer l’immersion, le Predator est vraiment costaud, il fait mal, il peut également se camoufler et effectuer des sauts monstrueux. Contre les Marines le gameplay se révèle vraiment varié et efficace, même si l’IA défaillante de ces derniers empêchera les joueurs les plus exigeants de profiter pleinement de l’expérience. Face aux Aliens, c’est plus bourrin, loin d’être déshonorant mais irrémédiablement moins passionnant.
En proposant trois gameplays bien distincts, le studio Rebellion voulait sans doute combler les attentes des fans nostalgiques qui avaient pris du bon temps sur les premiers jeux PC. Hélas, aucune des trois campagnes n’est parfaite, elles sont toutes bancales à des degrés différents : maniabilité, IA, level design… Peut-être que les développeurs auraient dû se focaliser sur une seule race ? Nonobstant ses défauts et sa relative désuétude, le jeu de Rebellion parvient à assurer l’essentiel : il rappelle les films, et il est amusant.
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Certes, ALIENS VS. PREDATOR est désuet à bien des égards, et si aucune de ses trois campagnes n’est mauvaise, elles sont aussi chacune minées par des défauts qui risquent de faire grincer des dents les joueurs les plus exigeants. Les autres, désireux de replonger dans l’ambiance des meilleurs films de la franchise accueilleront au contraire le jeu de Rebellion les bras et la cage thoracique ouverts.
Images : Jeuxvideo.com
Preview et interviews dans Push-Start TV (2009) :






