
RISING ZAN: THE SAMURAI GUNMAN
Année : 1999
Studio : UEP Systems
Éditeur : UEP Systems
Genre : western spaghetti ramen
Joué et testé sur PlayStation
Support : CD-ROM
Johnny, un jeune shérif aux yeux bleus dévoué à sa petite ville particulièrement prospère en raison de la ruée vers l’or, décide de partir à la recherche de plusieurs habitants récemment disparus, près d’un ravin dans un gigantesque canyon. Il va y découvrir d’étranges personnages, armés de sabres et vifs comme l’éclair. Après un combat très bref, Johnny sera laissé pour mort. Heureusement un certain Suzuki, un vieil ami de son père, va le remettre sur pied et lui conseiller de partir loin, très loin dans un pays nommé Zipang, afin d’y apprendre les techniques susceptibles de vaincre les improbables envahisseurs ayant pris possession du canyon. Plusieurs années plus tard Johnny, qui se fait désormais appeler Zan, manie le sabre de samouraï aussi bien que le revolver de cowboy, et retourne enfin dans sa région natale afin d’y devenir un super ultra sexy héros.
RISING ZAN propose un curieux mélange entre western et chanbara sur fond de comédie particulièrement burlesque. Et là, on se dit que cet obscur petit jeu n’est pas passé inaperçu pour tout le monde, en 1999. Sans même aller jusqu’à DEVIL MAY CRY, se pourrait-il que GOD HAND s’en soit légèrement inspiré ? Et quid d’ONEECHANBARA, sorti en 2004 et dont l’héroïne sexy semblait déjà apparaitre en bikini comme personnage secondaire dans RISING ZAN ?
Un katana dans la main droite, un revolver dans la gauche, des punchlines à gogo (dancer ?) pour un héros poseur et sûr de lui, bien décidé à ramener la paix dans cet Ouest autrefois si délicieusement sauvage. Pour contrer l’invasion de drôles d’êtres paraissant tout droit venus d’un Japon biscornu, Johnny… pardon Zan, il préfère qu’on l’appelle Zan, pourra donc trancher avec le bouton X (plusieurs combos possibles dont certains très efficaces pour le crowd control), tirer avec le bouton carré (un seul combo pour tirer en rafale à la manière de Clint Eastwood), et sauter voire planer durant de brèves secondes en faisant frénétiquement tourner sa lame au-dessus de sa tête (à la manière de l’inspecteur Gadget – je sais c’est moins glorieux). Le bouton triangle déclenche pour sa part une espèce de mode berserk terriblement destructeur, mais qui se mérite : il faut augmenter une jauge présente en haut à gauche de l’écran, en accomplissant certaines actions – par exemple libérer des otages. Les gâchettes de la manette sont également mises à contribution : L1 permet de verrouiller la visée, et R1 de parer (avec une petite manip, la parade peut se transformer en contre). L2 et R2 sont utilisés pour faire un pas de côté.
Il y a donc de quoi faire – taire les étranges envahisseurs nippons ? C’est l’une des grandes forces du jeu : c’est une farce ! Ici des ninjas colorés, là un acteur de kabuki qui attaque à distance avec sa perruque, terrifiante… Un sumo qui charge, une geisha géante, un seigneur adepte de la fauconnerie… D’ailleurs en parlant d’animaux, RISING ZAN saute constamment du coq à l’âne, les magnifiques lieux communs du western comme la ville fantôme, l’attaque de train ou la mine d’or le disputant à la majesté de la culture japonaise, avec ses théâtres, ses châteaux, ses sanctuaires et autres dohyō. Ce mélange des genres ne tombe pas du ciel, et ne constitue aucunement un dévoiement, tant le western spaghetti et le chanbara ont navigué dans des eaux similaires, durant les années 60 et 70 – revoyez GOYOKIN et LE GRAND SILENCE pour vous en convaincre. Deux films en particulier semblent même avoir directement influencé le jeu qui nous intéresse ici : SOLEIL ROUGE, avec Charles Bronson, Mifune Toshiro et Alain Delon, datant de 1971, et surtout THE DRIFTING AVENGER, sorti en 1968 avec Takakura Ken.
Si RISING ZAN est relativement court, son rythme est heureusement extrêmement soutenu, certains niveaux pouvant être comparés à de véritables boss rush. Ça n’arrête quasiment jamais, et toujours dans la bonne humeur (c’est assez drôle) : on tranche, on tire, on se marre mais on reste parfois aussi interdit devant certaines situations très (trop ?) originales. Le mini-jeu de baseball par exemple (je suis nul) ou encore et surtout les espèces de Quick Time Events : toutes les touches de la manette apparaissent alors à l’écran. Eh bien il m’a fallu un moment pour comprendre qu’il ne fallait pas appuyer dessus dans un ordre précis, mais bourriner sur absolument tous les boutons de la manette (croix directionnelle incluse) en même temps et de manière frénétique ! Je n’avais jamais vu ni jamais enduré ça… Et malgré vos réticences, ne prenez pas ces QTE un peu honteux par-dessus la jambe, car le scoring a son importance – par exemple pour débloquer un nouveau personnage jouable à la fin du jeu.
D’autres séquences sont heureusement plus sympas : la course-poursuite en wagonnet dans la mine, la machine à sous géante, les salles piégées du train, etc. Mais le nerf de la guerre, ce sont bien évidemment les longues scènes d’action – un flingue, un katana, une parade, un contre, des combos… On s’amuse oui, c’est rigolo, hélas ça manque aussi clairement de punch. Mais c’est surtout l’affreuse gestion de la caméra qui viendra enfoncer le dernier clou dans le cercueil du gameplay du jeu – j’ai rarement vu un tel ratage, même sur PlayStation : pour recentrer la vue, il faut appuyer une bonne seconde sur la gâchette L1… mais le même bouton est assigné au verrouillage de la visée (il faut appuyer sur L1 plus brièvement). C’est carrément ubuesque, pour ne pas dire grotesque. Et comme le jeu ne sauvegarde qu’à la toute fin d’un niveau, si vous mourez contre l’un des derniers boss des lieux (à cause de la caméra sans doute), eh bien vous devrez reprendre depuis le début du chapitre en question. Certes les niveaux ne sont pas très longs, mais c’est un peu injuste, et rageant.
J’ai beau avoir le cuir épais (la 3D qui pique les yeux et les animations saccadées du jeu ne me font ni chaud ni froid), la mauvaise gestion de la caméra m’a plusieurs fois fait sortir de mes gonds. Pour garder son calme et accessoirement pouvoir un peu profiter de la folie du jeu, sans doute convient-il d’y jouer en mode easy – attention même ainsi, c’est parfois frustrant. Un amateur d’expériences étranges doublé d’un rétrogamer endurci devrait malgré tout apprécier cet improbable voyage dans l’au-delà du bon goût. Les autres pourraient rapidement lâcher l’affaire et jeter leur dévolu sur un autre jeu d’action, au gameplay plus terre à terre. Après tout sur PlayStation, on a le chanbara du choix !
RISING ZAN, c’est un peu un DEVIL MAY CRY avant l’heure – mais vraiment beaucoup trop tôt avant l’heure ! Ce n’est ni très joli, ni très bien animé mais c’est surtout la mauvaise gestion de la caméra qui devrait irriter les joueurs normalement constitués. C’est dommage car, pour peu que vous soyez un rétrogamer particulièrement résistant, RISING ZAN propose une aventure drôle et pleine de surprises, avec de nombreux détails délicieux et difficiles à anticiper. Rafraichissant.
Images : hardcoregaming101.
Vidéo de l’émission X-Play :












