
LOMAX
Titre alternatif : The Adventures of Lomax
Année : 1996
Studio : Psygnosis
Éditeur : Psygnosis / Tomy Corporation
Genre : il est libre Lomax
Joué et testé sur PlayStation
Support : CD-ROM
Lomax est sans doute le plus courageux des lemmings : un chevalier prêt à braver tous les dangers pour sauver tous ses amis. Ceux-ci ont été transformés en zombies et bien d’autres créatures étranges par Evil Ed, un méchant sorcier lemming. Avant de parvenir au sorcier, et éventuellement de le vaincre, Lomax devra traverser Lemmingland : ses forêts débordantes de vie, ses marécages hantés, ses océans déchainés et leurs bateaux pirates ainsi que ses déserts arides. Sur le chemin, Lomax devra déjouer de nombreux pièges, et libérer un maximum de lemmings. Ces derniers, désormais transformés en créatures cruelles, devront être frappés afin d’être libérés de la terrible malédiction concoctée par Evil Ed. Bien évidemment, Lomax pourra ponctuellement compter sur ses capacités de lemming : creuser, planer, bâtir des passerelles…
Après avoir été manipulés, humiliés pour ne pas dire torturés à maintes reprises, les lemmings tiennent enfin leur revanche ! Lomax, leur plus courageux représentant, décide en effet de prendre son destin en main pour sortir ses chers congénères de leur infernale ornière. Pour ce mariage déraisonné qui tourne donc le dos à la recette habituelle des jeux LEMMINGS, LOMAX épouse les formes d’un platformer pur et dur (très dur ?).
La première chose qui frappe, lorsque l’on met les pieds dans l’univers de LOMAX, c’est la beauté de cette 2D. Les sprites sont sublimes, et les décors extraordinaires – ça fourmille de vie, de détails : la nature grouille d’insectes (regardez ces coccinelles qui s’envolent !), les herbes vont et viennent sous le poids de nos pas quand ce n’est pas le vent qui soulève ces fleurs, cette verdure qui donnent un cachet fou à l’aventure. Les nombreux écrans absolument fabuleux du jeu peuvent même se targuer de faire preuve d’une profondeur renversante – scrollings parallax par exemple, et effets en 3D (le jeu zoome ou dézoome) lorsque notre personnage s’avance dans des chemins de traverse lui permettant d’accéder au fond de l’écran (via des ponts, ou des trampolines : quelle superbe idée de level design !). Oui, la direction artistique est magique, et elle se permet même plusieurs hommages savoureux à quelques grands jeux, GHOULS ‘N GHOSTS en tête de liste. Henk Nieborg (LIONHEART sur Amiga, FLINK sur Megadrive, BATTLE AXE, XENO CRISIS, GUNLORD X…) livre ici un travail graphique qui confine à la perfection. N’ayons pas peur des mots : avec LOMAX, nous sommes sans doute en face de l’un des plus beaux jeux de la ludothèque PlayStation.
Sur le fond, c’est très convaincant (tout du moins au début). Lomax saute (appuyez une fois sur X), peut attaquer en vrillant (deux fois X) ou effectuer une attaque à distance en lançant son petit casque qui reviendra comme un boomerang. Le casque en question est important car il fait également office de point de vie : si vous vous faites toucher une fois, vous perdez votre casque, ne pouvez donc plus attaquer à distance (à moins d’avoir un casque de rechange !) et naviguez désormais sans filet – au prochain contact ennemi, c’est la mort qui vous sourit. Heureusement en bon lemming qui se respecte, Lomax a plus d’une corde à son arc. Oui, il est libre Lomax. Y en a même qui disent qu’ils l’ont vu voler. Disons plutôt planer, grâce à un casque spécial (prenez garde néanmoins, car la chute pourrait s’avérer fatale). En récupérant certaines compétences dans des marmites, Lomax pourra également creuser, lancer un grappin, construire un petit pont, etc. Cette bonne idée n’est hélas pas très bien exploitée : les compétences sont toujours proposées en nombre limité, et il faut obligatoirement passer par un menu pour les sélectionner. Ça casse le rythme, et ce n’est pas très intuitif.
Heureusement le reste du jeu est extrêmement sympa. On sent qu’Erwin Kloibhofer et Henk Nieborg se sont inspiré de leur travail sur FLINK pour programmer LOMAX : on retrouve par exemple l’idée des espèces de trampolines sur ressorts, ou encore ces obstacles mobiles qui vont et viennent avec la profondeur de l’écran – dans LOMAX, il faudra ainsi passer au bon moment sous les ailes de grands moulins à vent. Le reste est assez classique mais assez bien exécuté : des plateformes brinquebalantes, d’autres qui se dérobent sous nos pieds (les barques qui coulent !), quelques passages en scrolling forcé… Les amateurs seront en terrain connu mais hélas… miné ! Notre personnage est en effet victime d’une inertie assez prononcée. Il y a certes un coup à prendre, mais même après plusieurs heures de jeu, on tombe souvent dans le vide à cause d’une réception mal assurée, d’un pied qui dérape sur le mauvais pixel, du mauvais côté… C’est extrêmement rageant. Et je préfère ne pas trop parler de ces séquences où l’on nous demande de sauter sans savoir où se situe la plateforme suivante (quel intérêt de mettre ça dans un jeu vidéo ?), les passages en bulles, au bout des cordes des vautours, sur des tonneaux en équilibre tandis que le sol est recouvert de pointes et que des boules hérissées de pics à la hitbox toute pétée vont et viennent en se jouant de la profondeur, les geysers maudits qui modifient notre manière de sauter… Des maux d’autant plus prégnants qu’ils sont légion, durant le dernier tiers de l’aventure. Terminer un monde n’est alors plus une sinécure : cela relève parfois purement et simplement de la torture.
Concernant cette grande difficulté, rassurez-vous quand même : si le nombre de vies et de continus est limité, cela n’a en réalité que peu d’importance, avec un peu de malice vous ne devriez jamais faire face à un réel écran de game over. Il est en effet possible de sauvegarder notre progression après chaque monde (qui peut compter plusieurs niveaux). Je vous conseille donc de ne sauvegarder que si vous terminez une section avec suffisamment de vies/crédits dans votre escarcelle, et de refaire éventuellement un monde en espérant le terminer avec plus de facilité la fois suivante. Il est aussi possible de gagner des vies supplémentaires, en récupérant cent pièces d’or. Sachez également qu’en sauvant cinquante lemmings au cours des niveaux, vous débloquerez une séquence bonus débordant de pièces à la fin de chaque monde. Une petite carotte bienvenue qui apporte un peu de piment au jeu.
Techniquement sublime, LOMAX semble être un bon jeu de plateforme, qui revisite les passages obligés du genre avec beaucoup de sérieux, tout en n’oubliant pas de rendre un hommage appuyé à la franchise des lemmings – leurs inénarrables petites voix, certaines mises à mort qui rappelleront bien des souvenirs aux joueurs des années 90, etc. Néanmoins, et ce pour une raison que je ne m’explique pas, on a la désagréable impression que les développeurs ont sciemment noyé leur bébé prodige, saboté leur joli jeu vidéo : certains passages trop crispants couplés à une inertie trop prononcée pourraient pousser les joueurs les plus fragiles dans leurs derniers retranchements. Oh no!
Bien que l’on ait l’impression d’avoir affaire à une pépite durant la première demi-heure de jeu, la pierre précieuse poncée par Psygnosis perd rapidement de son lustre – pas pour finir en vulgaire caillou, n’exagérons rien, mais les joueurs normalement constitués, eux, risquent de rapidement lâcher la manette. Ils ne sont pas fous. Quant aux plus méritants, ils ne seront pas vraiment récompensés : si le boss final est relativement chouette à affronter, le jeu ne propose pas de véritable fin et se contente, après avoir fait défiler les crédits, de rebasculer sur l’écran de départ : Oh No! More Lemmings!
Images : Hardcoregaming101
Preview dans le magazine Playmag (septembre 1996) :












