Rampo (Sega Saturn, 1995)

rampo_fronticone sega saturn japRAMPO
Année : 1995
Studio : Sega
Éditeur : Sega
Genre : détective privé – de mouvements ?
Joué et testé sur Sega Saturn
Support : CD-ROM


Début du XXe siècle, Japon.
Vous êtes Edogawa Ranpo. Écrivain à succès et chantre de l’étrange, vous êtes aussi le propriétaire d’une petite pension aux locataires hauts en couleur. En cette matinée routinière, vous vous apprêtez à recueillir le loyer du mois en cours auprès de vos pensionnaires. Mais vous ne vous attendiez sûrement pas à trouver un cadavre dans le coffre d’une chambre inoccupée.
Lorsque vous parviendrez à résoudre cet épineux mystère, sachez que vous serez invité dans un lointain manoir, à la campagne. Afin de lever le voile sur une famille et ses secrets inavouables.

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Edogawa Ranpo… Je ne sais pas si je dois vous présenter l’intéressé. Parce que si vous me suivez de temps à autres sur mon blog cinéma (échec et (ciné)mat), vous connaissez déjà certainement cet écrivain japonais, décédé en 1965 et dont la popularité ne s’est jamais démentie. Aujourd’hui encore, les adaptations sur grand ou petit écran continuent de fleurir, au Japon, à l’heure où tant d’autres vieux manuscrits finissent hélas par faner. Adepte du roman policier, mélangeant les genres pour mieux les subvertir, Edogawa Ranpo s’était fait une spécialité du mystère grotesque et parfois fantastique, plongeant indiciblement dans un érotisme teinté d’horreur. Un certain nombre de ses écrits ont été publiés en France chez Picquier Poche.

Un film dédié au personnage de Edogawa Ranpo est sorti en 1994, sobrement intitulé RAMPO. Il mettait en scène l’écrivain lui-même (interprété par Takenaka Naoto) et proposait une mise en abyme de l’auteur face à ses créations – procédé déjà maintes fois utilisé par Edogawa Ranpo dans ses écrits. Pour accompagner la venue du film (mon avis consultable ici), un jeu est sorti quelques mois plus tard sur Sega Saturn. Il s’agit d’un jeu full-motion video (FMV), ou film interactif. On y incarne Ranpo en vue à la première personne – incarné comme dans le film par l’acteur Takenaka Naoto. Pour compléter le casting, on a droit à quelques acteurs et actrices plus ou moins connus, notamment le fabuleux Kagawa Teruyuki (dans le rôle d’un détective – mais pas du célèbre Akechi Kogorô), ou encore la jolie Watanabe Noriko.

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Enfin bref. RAMPO alors, comment ça se joue ? Bah… en regardant un film, pardi. Plus sérieusement, le gameplay est minimaliste – par définition dans un film interactif. Toutes les images proviennent ainsi de séquences filmées, les décors fixes ont été digitalisés et la liberté de mouvement est aussi relative que l’honnêteté de certains chroniqueurs de la presse vidéoludique française. En gros vous pouvez vous déplacer, certes, mais uniquement là où la caméra a prévu de vous suivre – car tout est préalablement filmé. En gros même si vous cliquez sur la droite de votre croix directionnelle, s’il n’est pas prévu que vous puissiez aller à droite la caméra continuera de tourner pour vous proposer d’aller… dans une autre direction. Idem avec les objets : vous ne pourrez pas interagir avec tout ce qui sera présent à l’écran. Pire : vous ne pourrez même pas zoomer sur un objet à moins que celui-ci n’ait un semblant d’importance dans l’évolution du récit. Oui, dans RAMPO le joueur est placé sur des rails, et il est impossible d’en sortir puisque le jeu en question n’est en réalité qu’un bon gros script géant.

Le script, dans le jeu vidéo moderne, est un véritable tue-l’amour, du niveau de la grosse paire de chaussettes que votre partenaire porte jusque dans le lit, l’hiver. Qu’il s’agisse de jeux d’action comme les CALL OF DUTY ou du sixième triste sire de la saga RESIDENT EVIL, les scripts nous font généralement basculer dans l’artificialité absolue, dans le grotesque incongru. Ces jeux modernes qui en font des tonnes pour paraître réalistes, sombrent dans les limbes vidéoludiques dès lors qu’ils abusent des ficelles du script. Le joueur réalise alors que ce n’est pas lui qui tient la manette, mais que c’est le jeu qui se joue de lui.

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Ce qui ne fonctionne pas dans les jeux précités devient pourtant subitement agréable dans ces titres baptisés « films interactifs ». Je parle de ces jeux qui ne font pas semblant d’être ce qu’ils ne sont pas – réels. Oui, un soft comme RAMPO joue la carte du jeu filmé sans complexe : dès lors le joueur ne perd jamais l’équilibre puisqu’il sait qu’il a mis les pieds dans la pleine artificialité suspendue dans le temps : le puzzle de scripts géant. Puzzle, oui, car il faut à chaque fois trouver le « truc » à faire pour déclencher le script suivant, et c’est parfois complètement surréaliste – par exemple comment deviner qu’il faut regarder un tableau dans le hall d’entrée pour que la femme de chambre vienne enfin nous parler ? Mais on s’en accommode car, encore une fois, on demeure parfaitement conscient de ce à quoi on joue : une chasse aux scripts entrecoupée de dialogues filmés et de petits mystères à résoudre (le message codé et l’étrange statue de la seconde histoire, par exemple), le tout mis en scène dans des décors à l’atmosphère rétro qui ont la bonne idée de se renouveler une fois arrivé à la moitié du récit. Le premier CD-ROM est ainsi dédié à la pension, le deuxième au vieux manoir déjà vu dans le film de 1994.

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Après libre à vous d’accrocher, ou pas. Ce style de jeu a d’ailleurs tellement mal vieilli qu’il a quasiment disparu. Pour ma part j’ai pourtant pris un plaisir bien réel, avec RAMPO. Il est vrai que je suis passionné par l’écrivain depuis longtemps mais ce n’est pas la seule raison. En plus d’être un jeu full-motion video, RAMPO propose ainsi un jeu de miroirs plus ou moins déformants avec le film d’autant plus habile qu’il s’agit du même réalisateur pour les deux médias (Okuyama Kazuyoshi). De plus, certains dialogues sont vraiment interactifs, ce qui ajoute un peu de piment à l’ensemble. Par exemple il vous faudra parfois poser la même question plusieurs fois à un personnage avant que celui-ci ne se décide à vous dire enfin la vérité – ou pas. Dans le même genre, sachez que vous pouvez parfois répondre « oui » ou « non » à des réflexions des PNJ. Votre réponse n’aura souvent que peu d’incidences, mais à plusieurs reprises elle influera directement sur le dénouement de l’aventure, qui propose cinq fins un peu différentes et un classement final noté de 1 (médiocre) à 5 (parfait). Pour ma part, je suis parvenu à un score de 3 la première fois, avant de me voir attribuer un 4 (ce qui a d’ailleurs eu pour conséquence de prolonger mon aventure d’une journée). J’ai donc échoué dans l’obtention du score parfait – mais je crois savoir pourquoi : je pense avoir été trop « tendre » avec le/la coupable de la première histoire. Dernier détail amusant : un petit écran rouge en plastique est inclus dans la boîte du jeu. Il doit vous permettre de décoder certains messages cachés dans la notice. Sympa comme tout… hélas le concept n’est pas poussé et ne sert finalement pas à grand-chose. Dommage : j’y avais presque cru, à la réalité augmentée en 1995 !

Note : joystick 2joystick 2     Nostalgie : joystick 2joystick 2joystick 2

RAMPO est un digne représentant de cette période improbable où la mode était aux full-motion video games. Rappelez-vous qu’il fallait épater la galerie et mettre en évidence les capacités de stockage des CD-ROM (raaaah les jolies séquences filmées compressées à coups de burin). Le jeu de Sega est néanmoins intéressant à plus d’un titre. Tout d’abord parce qu’il complète intelligemment le film sorti quelques mois avant. Ensuite parce que son atmosphère du début du XXe siècle est particulièrement bien rendue. Dialoguer avec les différents acteurs et actrices, leur tirer parfois les vers du nez et partir à la recherche du prochain script à déclencher pour progresser devient alors un réel plaisir, et ce même si les lieux à visiter sont finalement peu nombreux.

Vidéo :

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