Colorado (Amiga, 1990)

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Année : 1990
Studio : Silmarils
Éditeur : Silmarils
Genre : la ruée vers l’or-dinateur
Joué et testé sur Amiga 500
Support : disquette


Au Colorado, l’hiver 1800 a été rude, aussi David O’Brian, un trappeur solitaire, s’enfonce dans les territoires indiens afin de mettre la main sur quelques peaux de bêtes qu’il espère pouvoir revendre à bon prix. Sa route croise alors celle d’un vieux chef Cheyenne, mourant, qui lui parle d’une mine d’or légendaire. Après lui avoir tendu une carte peu précise de la région, il lui souffle ces derniers mots, dans un ultime effort : “Si tu te montres à la fois fort et respectueux, brave et prudent, malin et secourable, tu découvriras le secret de notre tribu : la mine d’or de Pocahontas. Elle t’appartiendra car tu l’auras méritée.”

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Quand on parle de Davy Crockett, les plus âgés d’entre nous pensent avant tout à John Wayne dans FORT ALAMO – d’autres se souviennent encore de la chanson de Douchka (ne cliquez pas sur ce lien machiavélique, vous risqueriez de garder l’air en tête toute la journée). Celui qui me parle de Patrick Simpson-Jones, il prend la porte !

COLORADO est sorti en 1990. Il est l’œuvre de Silmarils, une boîte vénérée par les gamers du siècle dernier – on adorait leurs jeux parce qu’ils prenaient des risques, parce qu’ils repoussaient les limites du mariage de moins en moins improbable entre l’action, l’aventure et l’exploration. Oui on adorait leurs jeux. Et pourtant on les finissait rarement ! La grande particularité des softs en 2D de Silmarils était leur illustration vidéoludique du grand écart (celui qui se termine dans la douleur) : des idées géniales, une ambiance fabuleuse, des jeux techniquement au niveau (superbes décors fourmillant de détails), mais aussi un gameplay très rigide, 1001 façons de mourir (dont la sempiternelle chute dans un cours d’eau de quelques dizaines de centimètres de profondeur), des objectifs parfois un brin obscurs et un personnage lent – avec Silmarils, on pouvait pourtant s’attendre à “cours vite !” (désolé c’était l’instant « blague pourrie et impardonnable »).

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À l’instar de TARGHAN (médiéval fantastique) et de METAL MUTANT (science-fiction), COLORADO cumulait lui aussi à la fois ces forces et ces faiblesses. Oui, COLORADO rebutera plus d’un joueur (en particulier si celui-ci n’était pas né en 1990…). Oui certains passages sont vraiment trop cruels à mon sens… Oui c’est dommage parce qu’un tel jeu doit inviter le joueur au voyage, titiller son envie d’exploration… Hélas, avec l’épée de Damoclès de la mort subite naviguant toujours au-dessus de nos épaules de trappeur usé, au final on n’a pas trop envie de vagabonder. On va à l’essentiel. C’est là que le bât blesse à mon sens… Mais… Mais…à la manière du plus rugueux trappeur du Tennessee, ne vendez pas la peau de l’ours avant de l’avoir tué ! COLORARO est loin d’être un mauvais jeu. Certes, à l’époque ses défauts pouvaient s’avérer rédhibitoires pour le commun des mortels (ne mentez pas, que celui qui l’a terminé en 1990 sans tricher lève la main – personne à part Jean-Pierre Bernès et Jérôme Kerviel ? OK.), mais paradoxalement le jeu de Silmarils a bien vieilli… grâce à l’émulation ! User et abuser des savestates permet en effet au joueur normalement constitué de progresser, d’explorer, bref de s’amuser sans devoir subir constamment le stress du saut pourri manqué, synonyme de triste Game Over – il y avait bien quelques points de sauvegarde à certains endroits prévus dans le jeu (des feux de camp), mais ils n’étaient pas, à mon sens, en nombre suffisant. Avec les savestates, il en va donc autrement et le joueur conquis par l’ambiance mais dégouté par les morts injustes qui finissaient toujours par arriver en 1990 devrait enfin prendre son pied… plus de 25 années plus tard.

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À vous, donc, les joies de l’exploration. Dans COLORADO, vous allez en effet arpenter la nature sauvage du nord des États-Unis : depuis ses forêts denses et humides, en passant par ses mines obscures hantées par des chercheurs d’or obnubilés par leurs rêves de richesse, des villages indiens pacifiques, des montagnes aux chemins sinueux rougis par un soleil impitoyable pour, enfin, vous enfoncer dans les monts et prairies enneigés des territoires les plus lointains, uniquement peuplés d’esprits indiens revanchards et de loups affamés – dont un, dit-on, qui ne pourrait être tué que d’une balle d’argent…

Le jeu se présente de côté ; vous contrôlez donc votre personnage dans des décors aux faux airs de 2D, intelligemment découpés dans la profondeur puisque votre personnage peut, parfois, changer de plan et se fondre derrière un buisson pour emprunter un chemin presque dissimulé. Restez donc bien attentif, COLORADO propose de nombreux passages mais ceux-ci ne sautent pas nécessairement aux yeux. Voilà pour l’exploration. Pour l’aventure, sachez que COLORADO vous imposera de tout faire, ou presque. Le choix des objets à placer dans votre besace (emplacements limités), le troc et la découverte des différentes quêtes du jeu avec des objectifs très obscurs au début (à mon sens c’est regrettable). Concernant l’action enfin, vous allez être servi : animaux sauvages, indiens violents et autres mineurs patibulaires seront de la partie ! Aventure oblige, vous aurez le choix des armes : explosifs, couteau, hachette ou carabine. Si vous êtes un joueur des années 80, vous n’êtes pas du genre à gaspiller ce que vous avez de plus précieux : conservez donc quelques explosifs car vous vous doutez bien que ceux-ci seront indispensables à certains moments. Le couteau et la hachette se jouent de la même manière, mais cette dernière me semble avoir une portée plus grande (simple effet d’optique ?). Pour ma part, j’ai toujours abandonné le couteau pour avoir une place supplémentaire dans mon inventaire. La carabine enfin. Elle est bien évidemment très puissante, mais à chaque coup tiré il vous faudra la recharger manuellement avec de la poudre. Logique et génial (superbe petite animation pour illustrer ce geste). Par conséquent, gardez toujours un œil sur votre stock de poudre et n’abusez pas des armes à feu. La majorité des combats se dérouleront donc à l’arme blanche – rapidement rougie du sang de vos adversaires (façon de parler, le souci du détail des développeurs n’est pas allé jusque-là !). Vous aurez à chaque fois deux options : coup haut ou coup bas. Pas bien folichon tout ça, mais correct pour l’époque et pour un jeu qui joue avant tout la carte de l’aventure et de l’ambiance. Oui, avec COLORADO, vous allez voir du pays !

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Des dizaines d’années après m’être cassé les dents sur la difficulté du jeu (et sa rigidité), je me suis donc relancé dans l’aventure sur mon PC. Le charme a tout de suite agi. J’ai tout d’abord progressé à tâtons – pour dompter les déplacements, tout d’abord, et étudier les différentes touches à connaitre, ensuite (F1 à F6 pour l’inventaire, F7 pour switcher entre ramasser ou lâcher un objet). J’ai longuement arpenté les sous-bois du nord des États-Unis, l’herbe verte, l’humidité des feuilles encore gonflées de la rosée du matin. Les premiers combats arrivent alors : les indiens qui en veulent à mon scalp et bientôt un ours impressionnant – mais dont je dispose plutôt facilement. Je me surprends alors à prendre confiance, je tente une percée dans la montagne, le chemin devient ocre, poussiéreux, marqué au fer rouge d’un soleil dressé haut dans le ciel. J’aperçois un passage improbable : sur l’une des parois, je m’attaque à ce qui ressemble à des prises naturelles, enfoncées dans la roche. J’escalade, un sentiment d’inquiétude lové dans l’estomac : qu’allais-je bien pouvoir trouver là-haut ? La mort, bien évidemment ! Cette fois-ci elle frappe en prenant la forme d’un rapace géant qui prend un malin plaisir à picorer le peu d’énergie qu’il me restait d’un précédent combat – oui j’aurais dû boire ma potion revigorante. Je ne ferai pas deux fois la même erreur !

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La suite sera tout aussi animée : après avoir troqué mes quelques pépites d’or et refait le plein de potions chez le marchant ambulant, j’entame un voyage en canoë pour un périple que j’appréhende… mais qui s’avérera moins retors et punitif que prévu. De nombreux lieux visités et un loup tué plus tard, j’arrive enfin sur quelque chose qui éveille mon intérêt : l’entrée d’une mine. Mais alors que je m’attendais à rapidement en fouler le sol rocailleux de mes bottes de trappeur, un étrange message envahit mon écran :

« Le visage pale a-t-il la langue fourchue ? Ouvre le manuel et écris le mot suivant : la page 5, la ligne 1, le mot numéro 3 ».

Nom d’un castor rétif ! Une protection off-disk (ou par manuel/codes) ! Noooooon ! Mon cauchemar à l’époque (car je piratais, oui…). Heureusement, aujourd’hui il n’est pas très compliqué de retrouver une notice au format PDF (chose que j’ai faite). Les “codes” sont plus vicieux, il y en avait par exemple dans les jeux LucasArts je crois, ou encore Delphine – il fallait combiner un objet en carton (une roue trouée par exemple) et une grille… pour trouver le code correspondant. Concernant les protections via les notices comme chez Silmarils, les développeurs avaient parfois l’esprit suffisamment retors pour en placer plusieurs, et généralement une non loin de la fin du jeu (à l’instar de COLORADO) – juste au cas où les pirates oublieraient de tout déplomber… Machiavélique, n’est-ce pas ?

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Des sueurs froides (pas envie de tout reprendre à zéro) et une lecture de notice au format PDF plus tard, me voici donc dans la mine, uniquement éclairée par des torches aux flammèches vacillantes. Je vais devoir y faire face à un péril bien plus dangereux que les indiens : des mineurs armés jusqu’aux dents et qui ne semblent pas apprécier qu’un pied-tendre comme moi s’invite entre leurs murs. Le reste de mon périple sera aussi mouvementé : de nouveaux voyages en canoë, la découverte d’un village indien pacifique mais dont je ne ressortirai qu’après avoir remporté un duel, un sauvetage de papoose et un final magnifique au milieu de grandes montagnes enneigées.

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Alors, ce COLORADO : vrai grand jeu, ou crottin de bouquetin infâme ? Chaque joueur aura une réponse différente à cette question. Si vous n’avez jamais touché à un micro-ordinateur, que vous ne connaissez pas la rigidité de l’époque, les morts injustes et l’absence totale d’assistance, vous ne tiendrez pas plus de cinq minutes. Au contraire, si vous avez un peu de patience et/ou si vous étiez parmi les heureux possesseurs d’Amiga 500 ou d’Atari ST en 1990, vous replongerez dans ce jeu avec d’autant plus de bonheur que les savestates des émulateurs viennent désormais gommer certains des défauts rédhibitoires (?) de COLORADO. Un grand jeu maudit, en quelque sorte – comme la plupart des autres titres du même genre produits par Silmarils, un éditeur qui faisait souvent passer les idées originales avant un gameplay raisonnable.  Oui, avec COLORADO on pourrait presque s’avancer à dire qu’une pépite dort

Note : joystick 2joystick half    Nostalgie : joystick 2joystick 2joystick 2

COLORADO aurait pu être un grand jeu, mais sa rigidité (le personnage est un véritable tank camouflé sous des peaux de bêtes), ses morts assez injustes et des objectifs parfois un brin obscurs avaient déjà été difficiles à digérer pour certains joueurs en 1990… alors imaginez aujourd’hui ! Notre amour pour les jeux rétro ne doit pas nous faire perdre toute objectivité pour autant. Par conséquent il est difficile de conseiller COLORADO, à présent. Sauf si vous y jouez avec des savestates. Le jeu devient alors tout de suite plus abordable et moins crispant. Oui, on peut enfin se lâcher quelque peu et s’amuser en explorant les jolis tableaux dissimulés un peu partout. Pour un retrogamer, il serait donc dommage de passer à côté d’un tel soft. Des graphismes magnifiques et détaillés (superbes décors discrètement animés), une ambiance absolument géniale et, au final, un véritable hymne au voyage.

Images : jeux vidéo et des bas

Vidéo :

mag vintage

Amiga-Workbench2

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Une réponse à Colorado (Amiga, 1990)

  1. gabbersteff dit :

    Merci pour ce test! j’étais passé à coté de ce jeu à l’époque! Encore une superbe invitation au voyage et à l’imagination qu’on ne retrouve plus!

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