Nanashi no Game (Nintendo DS, 2008)

Nanashi no Gameicone nintendo-DSNANASHI NO GAME
Année : 2008
Studio : epics
Éditeur : Square Enix
Genre : des fantômes bien stylet
Joué et testé sur Nintendo DS
Support : cartouche DS


Une rumeur a commencé à se répandre comme une trainée de poudre sur le campus de votre université… Un jeu sans véritable titre, jouable sur la console portable TS, serait maudit et provoquerait la mort des joueurs au bout de sept jours… Vous avez forcément du mal à y croire, encore plus depuis que vous avez commencé à jouer à ce petit RPG qui, de prime abord, ne propose rien de particulièrement mémorable. Pourtant, l’absence de votre ami Odaka, qui vous a initialement envoyé le soft, commence à vous inquiéter. Vous vous rendez donc dans son appartement, sur les conseils de sa petite amie… Et vous y ferez une bien macabre découverte. La course contre la montre peut alors commencer : vous avez sept jours pour échapper à la malédiction et découvrir l’origine du mal – le studio ayant développé le jeu est une bonne première piste à remonter. Il ne reste plus qu’à espérer qu’il ne soit pas déjà trop tard…

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NANASHI NO GAME (« le jeu sans nom ») est une œuvre vidéoludique dont il est difficile de parler. Le jeu de Square Enix (rien que ça) accumule en effet les tares techniques tout en distillant régulièrement des idées de gameplay mais aussi de mise en scène absolument géniales. Voilà un grand-écart qui fait mal ou je ne m’y connais pas !

Commençons par l’une des idées les plus lumineuses de ces dix dernières années de jeux vidéo : la mise en abyme d’un jeu, rien que ça. Dans NANASHI NO GAME, vous incarnez en effet un personnage (homme ou femme que vous nommez – le nom a son importance !) qui possède une console TS – qui ressemble comme deux gouttes d’eau à une DS. Lorsque vous êtes dans le monde réel, la vue est à la première personne et vous tenez votre DS dans le sens de la largeur de façon à avoir les deux écrans à la verticale – celui de gauche permettant d’avoir un plus grand champ de vision. En appuyant sur Select, votre personnage allume sa TS. Sur l’écran de cette dernière, vous pouvez charger une partie, recevoir des emails (envoyés par d’autres personnages) ou bien encore et surtout jouer au « jeu sans nom »… Ce dernier emprunte beaucoup à l’imagerie des RPG 8 bits – sans en avoir la profondeur, les passages dans le monde virtuel (dans le jeu) étant généralement plutôt simples.

Le jeu en question serait donc maudit. Quiconque commencerait une partie sans parvenir à la terminer en sept jours perdrait irrémédiablement la vie – clin d’œil morbide au classique de l’horreur RINGU, le livre par Suzuki Kôji, mais aussi et surtout au film de Nakata Hideo davantage ancré au sein des entrailles de la culture populaire mondiale, dans lequel ce n’était pas un jeu mais une cassette VHS qui « tuait » en sept jours. NANASHI NO GAME est donc bel et bien une poupée gigogne monstrueuse qui propose un jeu dans le jeu, obligeant par la même occasion le joueur à faire des allers-retours entre les deux. Bien évidemment, tout cela est finement pensé et des actions opérées dans le monde virtuel auront souvent des répercussions dans le monde réel. Et vice et versa – beaucoup de vice, d’ailleurs ^^. Je ne peux en dire plus au risque de vous gâcher certaines surprises, et comme le jeu est court ce serait vraiment dommage de vous dévoiler certaines feintes particulièrement bien pensées. Sachez simplement que la première fois que vous penserez échapper à un spectre dans le jeu 8 bits, que vous reviendrez dans le monde réel pour entendre une voix d’outre-tombe susurrer votre nom au creux de l’oreille, vous risquez bien de tomber à la renverse !

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Oui, le son joue un rôle primordial dans NANASHI NO GAME, aussi je ne saurais trop vous conseiller d’y jouer avec des écouteurs. Les musiques, les grognements gutturaux formidablement spatialisés, oui tout cela fait partie intégrante du gameplay en vous aidant à localiser les créatures déambulant aux alentours. En jouant à NANASHI NO GAME, je dois bien avouer que plus d’un frisson m’a parcouru l’échine… Et s’il n’y avait que ça… NANASHI NO GAME est rempli de détails géniaux, de glorieuses idées de mise en scène et de clins d’œil qui tuent. Ainsi, en pénétrant pour la première fois dans l’hôpital désaffecté, je n’ai pu m’empêcher d’avoir l’étrange impression d’avoir déjà mis les pieds en ce lieu. Aurais-je déjà visité un hôpital hanté ?! Quelle idée saugrenue… et pourtant… Et pourtant oui, j’y suis déjà allé ! C’est en voulant parcourir la notice du jeu que je suis tombé sur un flyer inclus dans la boîte, et tout m’est revenu : à l’époque il y avait en effet un partenariat entre NANASHI NO GAME et Senritsu Meikyu, l’attraction terrifiante de Fuji-Q Highland, la plus grande maison hantée à parcourir à pied au monde – dans laquelle je me suis rendu en 2009 ! Je n’étais donc pas fou – mise en abyme, que je disais !

NANASHI NO GAME est par conséquent un jeu d’ambiances (au pluriel, car rempli d’expériences contraires) qui cultive une réelle science du détail. Lorsque vous arpenterez des couloirs lugubres, il ne s’y passera parfois rien – mais vous raserez pourtant les murs. Lorsque vous penserez être à l’abri, une drôle de voix vous ramènera à la triste réalité : vous n’êtes pas seul. Oui, NANASHI NO GAME est un jeu d’ambiances, plutôt simple, court, scripté et en ligne droite – ce qui n’est pas pour me déplaire, si l’ensemble se révèle suffisamment dense et bien écrit. Ce qui est le cas de NANASHI NO GAME. Ne vous attendez donc pas à vous battre ou encore à vivre des scènes d’action dantesques. Pour vous débarrasser de certains revenants, il faudra plutôt ruser : attendre qu’ils disparaissent, vous faufiler dans leur dos (oui certains ont dû oublier leurs neurones dans leur enveloppe corporelle) ou vous jouer des raccourcis invisibles entre le « jeu sans nom » installé dans votre TS et la réalité. NANASHI NO GAME a donc une gueule d’atmosphère. Il joue sur le sentiment d’isolement du joueur coincé dans un jeu lui-même prisonnier d’un jeu. Sur la crainte du spectre susceptible d’apparaitre à chaque instant. Sur la peur du noir. Du revenant. Alors oui, pour apprécier NANASHI NO GAME il faut y jouer dans les bonnes conditions : dans l’obscurité avec un casque vissé sur les oreilles. Dans le cas contraire, vous pourriez avoir du mal à apprécier les nombreuses qualités du jeu, tant celles-ci sont parfois mises à mal par des défauts que certains qualifieront de rédhibitoires.

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Déjà, NANASHI NO GAME n’a pas été pensé pour les gauchers. J’avoue ne pas me sentir spécialement concerné mais c’est quand même particulièrement injuste pour eux. Ensuite, il faut bien avouer que la maniabilité alterne le tout juste correct et l’innommable. En mode RPG, vous tenez la console normalement, mais manipuler la DS dans le sens de la largeur (pour avoir les deux écrans à la verticale) durant les phases à la première personne n’est pas spécialement sexy, mais quand vous saurez qu’il vous faudra, en même temps, appuyer sur la croix directionnelle pour marcher tout en pressant l’écran tactile avec le stylet pour courir (indispensable pour fuir à de nombreuses reprises), vous serez sans nul doute pris de sueurs froides. Et de l’envie d’injurier les développeurs, mais passons. Tout cela n’est pas intuitif pour un sou – et ne je parle pas de ces moments de solitude intense quand on se retrouve bloqué durant quelques précieuses secondes simplement parce qu’on a eu du mal à tourner dans un couloir. Le pire, dans cette histoire, c’est qu’il faut donc souvent courir et aller vite… mais entre le maudit stylet, les embranchements des couloirs lourdingues à gérer par notre tank de personnage et ce dernier qui court aussi vite qu’une grand-mère unijambiste (je vous jure, je n’ai jamais vu ça), on finit par pester plus que de raison. Heureusement, le jeu n’est pas avare en checkpoints. Mais c’est toujours rageant de se faire gober par un fantôme à cause d’une maniabilité défaillante.

NANASHI NO GAME est donc un jeu qui souffle le chaud et le froid. À vous de voir si vous êtes prêt à fermer les yeux sur ses défauts criants pour avoir la chance d’apprécier ce voyage au pays des revenants. À mon sens, le jeu en vaut la chandelle. Mille fois. NANASHI NO GAME propose en effet une expérience d’une rare intelligence, merveilleusement bien équilibrée entre le survival et l’aventure horrifique, blindée de références pour les fans de J-horror et de moments impressionnants pour les amateurs de sensations fortes – à condition, encore une fois, de faire le premier pas. C’est-à-dire en essayant d’y croire. L’expression est toute faite mais sied parfaitement à la situation : il vous faudra jouer le jeu.

Note : joystick 2joystick 2      Nostalgie : joystick 2joystick 2joystick 2

Certains des défauts de NANASHI NO GAME, notamment sa maniabilité parfois atroce, se révéleront rédhibitoires pour la plupart des joueurs. Les autres, amateurs d’horreur à la sauce japonaise, de frayeurs lancinantes très lentes à se mettre en place ou au contraire de jumpscares pas piqués des vers (NANASHI NO GAME joue parfois sur les deux tableaux), oui ceux-là auraient tort de se priver d’une telle expérience : un jeu dans le jeu qui s’amuse du concept même de jeu vidéo en proposant une véritable mise en abyme du média. Il vous faudra en effet constamment aller et venir entre le petit RPG 8 bits de votre TS (le “jeu maudit”) et le monde réel dans lequel vous semblez naturellement plus fragile. Court, avare en secrets et en interactions avec les décors, scripté le plus souvent en pure ligne droite (la plupart des portes sont fermées – sauf celles qu’il vous faudra ouvrir) mais proposant malgré tout deux fins différentes, NANASHI NO GAME est très imparfait. Toutefois, on aurait tort de bouder une telle expérience et une telle prise de risque de la part des développeurs. Une suite est sortie un an plus tard. Elle gomme certains des soucis du premier jeu.

Images : hardcoregaming101.net

Vidéo :

mag vintage

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