Yomawari (PlayStation Vita, 2015)

yomawari ps vitaicone playstation vitaYOMAWARI
Année : 2015
Studio : Nippon Ichi Software
Éditeur : Nippon Ichi Software
Genre : diabolique mon ange
Joué et testé sur PlayStation Vita
Support : PS Vita Card


Une petite fille qui promenait son chien perd la trace de ce dernier… et décide de partir à sa recherche. Très étrangement, après ce triste incident, c’est toute la ville qui semblera comme vidée de ses habitants. Mais pas de ses âmes, tant les êtres étranges rôdent, à présent, le visage difforme à peine masqué par une nuit qui semble ne jamais avoir de fin. Munie de sa lampe électrique, la petite fille va malgré tout braver tous les dangers, avancer pas à pas pour éviter de s’approcher trop près des monstres tapis dans l’obscurité ou au contraire courir à en perdre haleine pour ne pas être rattrapée par les plus têtus… Décidée à retrouver son chien coûte que coûte, elle va contre toute attente faire des découvertes qui dépassent l’entendement.

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YOMAWARI, c’est l’histoire d’une berceuse assassine. Le requiem d’une console que l’on dit mourante et qui, pourtant, n’en finit pas de respirer – de susurrer au creux de l’oreille du joueur passionné que celui-ci n’est pas près d’enterrer sa machine. YOMAWARI, c’est ce « grand petit jeu » que l’on n’attendait pas forcément et qui, au final, se révèle extrêmement rafraichissant face aux autres jeux modernes, génériques et stéréotypés. Habile et fragile mélange entre le jeu d’exploration et le survival horror, YOMAWARI est avant tout, à mon sens, un simulateur de promenade glauque et nocturne sur fond de religion, de légendes et de folklore japonais. YOMAWARI c’est la promesse d’un plaisir tout simple : se balader dans une petite ville de banlieue avec le bruit des grillons pour habiller un silence qui n’en est pas un, le tintement des passages à niveau, le crépitement des distributeurs de boissons ou encore et surtout les lentes complaintes des étranges êtres de la nuit. Car oui, malgré ses atours kawaii, le jeu de Nippon Ichi peut être classé dans la catégorie des survival horror morbides. Les créatures y sont légion, tantôt inspirées du folklore nippon, tantôt originales (chara design très réussi – une petite touche Ghibli ?), et elles vont presque constamment essayer de croquer la petite fille que vous incarnez. Il vous faudra alors utiliser votre lampe électrique pour en débusquer certaines, invisibles une fois lovées dans les draps de Morphée – la petite fille noctambule, elle, ferait mieux de s’inviter dans ses bras !

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Heureusement, il est possible de sentir la présence de tous ces monstres. Lorsqu’ils se situent non loin de vous, votre rythme cardiaque s’accélère pour finalement piquer un véritable petit sprint quand le danger prend des proportions bibliques. L’attaque frontale est bien évidemment à bannir : la petite fille est aussi fragile qu’une douce musique de nuit à la mélodie incertaine. Préparez-vous donc à courir (gâchette droite) pour effectuer de nombreux slaloms et autres zigzagues tortueux parmi tous ces monstres. Et attention, car votre personnage s’essouffle plus vite lorsqu’il est sous l’emprise du stress. Heureusement, les fantômes ne sont pas, pour la plupart, très durs à éviter. Il vous suffira de bien savoir à qui vous avez affaire (chaque type d’ennemi ayant un rythme de déplacement propre), et de bien gérer la jauge représentant votre souffle, en bas de l’écran. Dans les cas les plus désespérés, sachez qu’il vous sera possible de vous cacher dans un buisson ou derrière un panneau – votre petite tête dépassera mais peu importe : vous aurez l’impression d’être protégé, ce qui sera amplement suffisant. Subtile clin d’œil à nos peurs d’enfance où nous pensions, simplement cachés sous nos draps, que cela suffisait pour échapper aux croquemitaines que nous imaginions ramper autour de notre lit…

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Alors que les choses soient claires : non, YOMAWARI ne fait pas peur, surtout que la mort subite n’est pas très punitive puisqu’il est possible de sauvegarder temporairement notre partie devant des Jizô (la sauvegarde définitive ne peut se faire que dans notre chambre). L’atmosphère de YOMAWARI demeure malgré tout assez pesante, on sursaute parfois et vos poils pourraient fort bien se hérisser lors de morts inattendues et violentes – le sang tache alors tout l’écran de la PS Vita. Pour un survival, enfin, on notera que la petite fille n’a curieusement pas vraiment besoin de faire attention à son stock d’objets. Les petits cailloux pour détourner l’attention se ramassent un peu partout (je ne les trouve pas forcément très utiles d’ailleurs) et les pièces de dix yens (nécessaires pour activer les checkpoints des Jizô) ne sont pas rares. Surtout, là où dans d’autres jeux du même genre les piles sont souvent limitées, dans YOMAWARI la lampe électrique semble fonctionner sur une batterie aux ressources infinies. On n’arrête pas le progrès ! Ou alors, et pour rester dans le trip, on peut s’amuser à y voir un petit coup de pouce de la divinité Jizô, protectrice des enfants au Japon. Finalement, pourquoi pas ?

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Si YOMAWARI n’est pas effrayant, il a autre chose à proposer : une plongée en apnée dans le folklore japonais. C’est là, la grande force du jeu : un sens aigu du détail, un amour exacerbé pour les références intelligentes à la culture nippone. Mais qui dit plongée en apnée ne signifie pas pour autant que vous finirez noyé : le travail de Nippon Ichi a été effectué avec une délicatesse rare. Oui, la ville recréée par les développeurs japonais, vidée de tous ses habitants, semblent paradoxalement incroyablement vivante ! Quel plaisir de parcourir ses ruelles, de se perdre dans ses champs, de visiter sa shōtengai déserte (et il y a de plus en plus de galeries marchandes quasi mortes, au Japon, du fait du vieillissement des commerçants) ou encore de se risquer dans la cour de son école au visage bien menaçant, une fois la nuit tombée. À chaque nouvelle balade, on a l’impression de pouvoir être encore surpris. De pouvoir découvrir un nouveau secret – à ce titre, je vous recommande de partir à la recherche de tous les objets (un véritable jeu dans le jeu !) tant celle-ci se révèle variée, amusante et jamais crispante (grâce à l’atmosphère unique qui se dégage de la ville). Oui, YOMAWARI est parsemé de détails intelligents qui peuvent paraitre accessoires, mais qui font toute la différence. Si certains doivent être découverts pour avancer dans l’histoire ou débloquer un trophée, d’autres sont purement cosmétiques. Ils sont là uniquement pour l’ambiance. Je ne vous dirai pas lesquels, mais sachez que même après avoir terminé le jeu et avoir réuni tous les items, je me suis surpris à entendre une voix pour la première fois au détour d’un bosquet qui a fait naitre un frisson… qui s’est empressé de me parcourir l’échine. Un exemple parmi tant d’autres.

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Armée de sa lampe électrique et de son petit cœur sensible, la jeune héroïne de YOMAWARI se lance donc à l’assaut de sa ville, méconnaissable ainsi dévorée par les peurs infantiles de la nuit. La carte du jeu n’est pas immense mais largement suffisante, tant il y a de ruelles à parcourir ou de chemins presque cachés à trouver. Si l’objectif est toujours présent en haut à gauche de l’écran (en mode carte), celui-ci n’est pas à suivre à la lettre. Vous pouvez parfaitement l’ignorer pour prendre le temps de déambuler où bon vous semble – même si, inévitablement, vous devrez vous rendre à l’endroit désigné par l’objectif pour clore définitivement un chapitre. L’impression de liberté est donc réelle, même si toute relative puisque certaines routes (bloquées par des passages à niveau) ne s’ouvriront qu’en temps voulu. Peu importe, seule compte l’illusion, et ce sentiment presque palpable d’être littéralement immergé dans une ville étrangement enlacée entre rêve et cauchemar alité.yomawari COIN

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Comptez un peu moins de dix heures pour voir la fin de l’histoire – sans doute beaucoup moins si vous procédez en pure ligne droite. Et beaucoup plus si vous partez à la recherche de tous les objets et secrets du jeu. Je ne critiquerai donc pas la durée de vie du soft, tant je juge ce concept abscons (un très bon jeu n’ayant pas de fin) et tant YOMAWARI a de plaisirs à offrir. Mais je dois vous avouer être resté un tout petit sur ma faim après le générique final. La partie ne s’arrête pas et se poursuit naturellement la nuit suivante. Quelques détails ont changé (quel plaisir d’essayer de tous les remarquer) et, surtout, vous pouvez vous amuser à dénicher les items qui manqueraient encore à votre collection. Mais j’avais osé espérer davantage – un mini chapitre supplémentaire, ou une zone, même minuscule, qui se serait débloquée comme par un machiavélique enchantement. Peut-être même une fin alternative, comme dans htoL#NiQ ? Mais tout cela n’est finalement pas bien grave, YOMAWARI ayant, comme je l’ai déjà dit, déjà beaucoup à offrir – tout du moins si vous correspondez au public visé.

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YOMAWARI est en effet un jeu qui ne s’adresse pas à tout le monde. Mais si vous aimez les expériences noires et originales aux chorégraphies dignes d’un bal de suicidées, et si vous aimez le folklore japonais, ne passez pas à côté de cette petite aventure nimbée d’exploration urbaine. Dans YOMAWARI, vous croiserez moult visages décharnés plus ou moins connus, qui ne sont pas sans rappeler les êtres de la belle franchise ciné GAKKÔ NO KAIDAN – qui fut une œuvre littéraire, à la base, avant d’être adaptée sur Sega Saturn. Des enfants, des yôkai, une école et des nuits de frousse jamais vraiment terrifiantes. Un avant-goût de YOMAWARI, en somme ? Dans le jeu de Nippon Ichi, vous croiserez ainsi le chien à visage humain Jinmenken, la statue du petit Ninomiya Kinjirō (certains disent qu’elle s’animerait parfois la nuit venue – dans YOMAWARI, vous en aurez le cœur net !), vous ferez également connaissance avec Daruma (si vous connaissez un peu le Japon, vous saurez quoi faire pour en venir à bout), un UMA (Unidentified Mysterious Animal) et vous pourriez bien aussi recevoir un coup de fil d’une certaine Merry – oui, même la légende urbaine de Meri san no denwa, relativement moderne, sera de la partie ! Certaines des rencontres mémorables de YOMAWARI feront avancer l’histoire, d’autres se contenteront de débloquer un trophée quand les dernières seront juste présentes pour apporter de la crédibilité à l’univers imaginé par les développeurs. Tout ce que j’aime. Tout ce qui m’a poussé à partir à la chasse aux items, à la poursuite des secrets et des autres étrangetés d’une ville dont les artères hantées ont fini par me… relaxer.

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C’est là tout le paradoxe du jeu : YOMAWARI est à la fois zen et glauque, calme et oppressant (même si ce sentiment s’amenuise à mesure que l’on s’habitue aux mécaniques du jeu). Et on se surprend à se détendre en naviguant de nuit au milieu de l’horreur et des petits sons distinctifs naissant dans l’inquiétante obscurité. Un peu à la manière des zones périurbaines du Japon ? Vues de l’extérieur, elles peuvent faire peur : trains bondés, bruit, stress… Mais elles cachent aussi en leur sein des ilots inattendus de calme et de sérénité.

Note : yomawari GIRL

YOMAWARI n’est pas un jeu pour tout le monde. Si vous n’aimez pas l’exploration et la chasse aux détails, si vous ne vous intéressez pas aux mythes et légendes japonais et si déambuler longuement dans des rues obscures pour profiter de l’ambiance est susceptible de vous rebuter, passez votre chemin. Dans YOMAWARI il n’y a pas réellement d’action, le petit sentiment de peur se dilue à mesure que l’on progresse dans l’aventure et les sensations fortes ont souvent l’élégance de céder la place à des sentiments plus doux, à un plaisir plus simple. Celui que peut procurer chez certains d’entre nous une longue balade dans une ville japonaise où les créatures de la nuit prennent subitement forme, sous notre regard interdit.

Images : éditeur

Trailer :

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3 réponses à Yomawari (PlayStation Vita, 2015)

  1. Oli dit :

    Peut-on y jouer si on ne comprend pas le japonais ? Oui et non. Je serais tenté de répondre non. Même si l’interface est simplissime et si la progression est logique et pas très alambiquée – retrouver untel qui a disparu, etc. Lorsqu’il faut aller dans un endroit particulier pour clore un chapitre, c’est marqué en haut à gauche de la carte. Le tunnel, les champs, l’école… Du coup même en ne comprenant pas le japonais, dans ce cas-là il est possible de trouver les hiragana identiques qui marquent chaque quartier de la ville sur la carte. Un détail sympa : tout le jeu est écrit en hiragana et en katakana, aucun kanji. Pour coller au fait que l’on incarne une petite fille qui ne lit pas encore les kanji, je pense.

    L’interaction avec les objets est simplissime et ne concerne que quelques choses en notre possession : les “key objects”. Tous les autres items (à trouver dans la ville) ne sont pas concernés par les interactions. A part les “Use” objects bien évidemment, au nombre de 5 (6 en réalité mais le sixième est accessoire), et auxquels on a accès directement in-game (via le bouton triangle pour la sélection ou carré pour les utiliser). Des petites pierres à lancer, des poissons (pour quoi faire tiens ? Je vous laisse deviner), des pièces de 10 yens pour les sauvegardes temporaires en face des petits autels, etc.

    Mais… ne pas pouvoir lire le japonais vous obligera à tourner, tourner, tourner et faire de nombreux essais là où, en lisant simplement une phrase, vous pourriez aller plus directement au but. Lorsque vous ramassez une clé et que la description indique que c’est la clé du poulailler, ça aide ! Quand vous tombez sur une chaussure et que la description vous dit que c’est celle de votre grande sœur, et bien ça évite de se creuser les méninges pour rien…

  2. Pressouu dit :

    Ouaw.. Un grand merci pour ce test. Certainement le seul du net en français (pour le moment ?) et qui donne vachement envi ! J’ai l’impression de me retrouver dans tes mots, d’avoir la même vision et les mêmes ressentis que toi par rapport aux jeux vidéo. Ça fait plaisir.
    Merci pour ce test aux petits oignons, très bien écrit et qui – je me répète – m’a vraiment donné envie de découvrir plus en profondeur cette perle. Les premiers trailer ont de suite attiré mon attention, maintenant il n’y a plus qu’à espérer une localisation de la part de Nisa ! (Interdiction pour moi de passer à côté de tout le background..) Et moi de me mettre également au japonais une bonne fois pour toute.. (tant d’Ovni et de bizarreries nippones jamais sortis en occident auxquels je rêverai d’y jouer!)
    C’est cool de voir qu’il y ait des (rares) personnes comme toi qui mettent en avant des jeux de ce genre, pour les joueurs comme moi friands du style mais qui ne savent malheureusement pas trop de ce qu’il en retourne réellement, tellement certains de ces jeux restent dans l’anonymat..! Bien dommage.
    En tout cas vous avez gagné une lectrice, pour moi un vrai site de passionnés de jeu vidéo (ça se ressent vraiment à travers vos test, vos avis, vos mots.. etc) j’y suis tombée par pur hasard en cherchant un test/avis sur Yomawari. Je regrette pas 🙂
    Encore merci =)

    • Oli dit :

      Merci pour ce long message Pressouu ! Si j’ai pu faire passer mon ressenti exact dans cette petite review et ainsi toucher les joueurs et joueuses qui ont les mêmes affinités que moi, alors ça en valait la peine : mission accomplie ! J’espère que le jeu sera localisé en Occident mais pour l’instant rien n’a été annoncé – le précédent jeu Vita de Nippon Ichi (htoL#NiQ) ayant connu les honneurs d’une sortie dans le monde entier, l’espoir reste malgré tout permis. Je croise les doigts.
      A bientôt.
      Oli

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