Chomedu (Amstrad CPC, 1988)

CHOMEDU
Année : 1988
Studio : Loiseau
Éditeur : Vidéomatique
Genre : le joueur ne chôme pas
Joué et testé sur Amstrad CPC
Support : disquette


Vos parents vous ont posé un ultimatum : trouver un job aujourd’hui avant 18 heures ! Votre copine abonde dans leur sens, il faut dire qu’elle en a marre de payer vos consos au rade du coin et vos parties de flipper… Vous vous réveillez donc dans votre piaule sens dessus dessous, avec une tête de déterré : il est déjà 15 heures ! Il ne fallait pas picoler et vous coucher à 4 plombes du mat la veille… Le bout de journée qui s’annonce va donc être rude… Vous n’avez plus que trois heures pour trouver du taf, et seulement trente francs en poche.

Moi président de la République, j’essaierai d’avoir de la hauteur de vue, et j’aurai toujours le souci de la proximité avec les Français… Avec 4% de popularité, c’est pas gagné : 0 point.
Moi président de la République, je ferai en sorte que mon comportement soit en chaque instant exemplaire… Bon, il n’aurait peut-être pas dû dévoiler des secrets d’état aux journalistes : 0 point.
Moi président de la République, je serai un président normal : 1 point. Rejoindre ses maîtresses en scooter, j’avoue que ça mérite d’être salué avec un point d’encouragement.
Moi président de la République, je démocratiserai l’anaphore : 1 point. Indiscutable celui-là.
Moi président de la République, je promets d’inverser la courbe du chômage : 0 point. Hélas, le +10% récurrent en France ne correspond pas à la cote de popularité du président, mais bien au taux de chômage. Zéro pointé en la matière.

Bon, après cette distribution de bons et de mauvais points, il faut se rendre à l’évidence : le chômage a toujours figuré en bonne place des principales préoccupations des Français, et ce même en 1988 – la date de l’intrigue de CHOMEDU ne fait aucun doute, il suffit de voir les affiches de Chirac et de Mitterrand placardées aux murs décrépis de cette petite banlieue pour s’en convaincre. Il se dégage d’ailleurs de CHOMEDU une atmosphère urbaine et franchouillarde, un peu terne mais pas triste qui me parle beaucoup.

Sur le fond, CHOMEDU semble être un simple jeu d’aventure textuel de plus – il faut taper au clavier la moindre de vos actions : regarder sous lit, prendre journal, lire journal, etc. L’analyseur syntaxique est loin des plus performants de la même époque, mais on finit par s’en accommoder. Les déplacements (flèches du pavé numérique) manquent également de souplesse : ils se font vraiment naturellement, certes, mais très souvent notre position change par rapport aux quatre points cardinaux. Frustrant, mais fort heureusement pas au point de se sentir perdu sur la carte – il est vrai que la ville n’est pas immense, et c’est d’ailleurs un bon point à mon sens. Classique en apparence, CHOMEDU se révèle malgré tout surprenant à plus d’un titre. Par exemple le temps s’écoule à mesure que vous jouez, et c’est loin d’être anecdotique puisque vous devez trouver un job avant 18 heures – ne chômez pas… dans tous les sens du terme ! Ensuite vous devez faire attention à votre argent de poche – 30 francs. C’est pas Byzance, mais il faudra faire avec. L’oseille, le flouze, les biffetons (non, on n’en était pas encore aux bitcoins, dans les années 80) : oui l’argent est le nerf de la guerre, dans CHOMEDU. C’est d’ailleurs l’une des difficultés du jeu : quelques pièces de 10 francs sont dissimulées çà et là, mais diable qu’il est difficile de les trouver… Et pourtant elles se révèleront indispensables dans votre quête d’un travail honorable – acheter des fringues, aller chez le coiffeur (attention sans un sou en poche, vous finirez en prison !). Bon, chaque chose en son temps : pourquoi ne pas commencer par acheter des lames pour votre rasoir, et ainsi avoir l’air plus présentable ?

Autre originalité : il y a différentes manières de perdre la partie, et certains évènements a priori anecdotiques (boire un canon au café du coin, répondre à côté aux questions que vous posent des punks très cultivés…) auront parfois des conséquences insoupçonnées sur vos pérégrinations à la sauce laisse béton. Oui, CHOMEDU croule sous les détails – parfois purement cosmétiques, parfois avec une véritable incidence sur le fond. Par exemple, sachez que si vous parlez à la grand-mère, vous apprendrez qu’on lui a volé son sac. Si vous le récupérez puis que vous lui rendez, elle vous récompensera. Mais si vous retrouvez son sac sans avoir adressé la parole à la vieille dame au préalable, celle-ci ira vous dénoncer à la police ! Non, ça ne rigole pas les grand-mères en colère !

L’humour est également omniprésent, qu’il s’agisse de certaines phrases dans les coupures de journaux, de l’écran qui titube si vous buvez trop (véridique !) ou de ce passage dans le bureau de l’ANPE qui rappellera de désagréables souvenirs à certains (pour ma part je n’y suis allé qu’une fois et j’ai compris ma douleur), CHOMEDU est bourré de petits détails sympas qui parleront à celles et ceux qui ont connu cette époque. Néanmoins, cette foultitude d’idées et de petits trucs cachés a également un revers : elle rend le jeu assez difficile – certains objets ne servent à rien (quand d’autres, indispensables, sont trop bien cachés) et quelques employeurs n’ont pas vraiment de job à offrir. Oui, les développeurs ont fait preuve de machiavélisme en saupoudrant leur aventure de fausses pistes destinées à ce que le joueur finisse embourbé – métaphore du chômeur s’enfonçant dans l’ANPE comme dans des sables mouvants ? En soi, ce n’est pas une mauvaise idée, loin de là : j’aime les jeux riches et amoureux des détails. Mais dans ce cas-là, peut-être aurait-il mieux valu ne pas proposer une aventure en temps limité ?

Ce dernier défaut est malgré tout à relativiser puisque l’on peut maintenant jouer à ce jeu via l’émulation (et ses sacrosaintes savestates). D’ailleurs, on ne peut désormais y jouer que via l’émulation, je crois. Pourquoi cela ? En fait, CHOMEDU a une histoire singulière, au moins aussi intéressante que le script du jeu lui-même. Il s’agit d’une toute petite production, réalisée entre les quatre murs du foyer Loiseau : deux jeunes frères ont en effet créé CHOMEDU de A à Z, sur une idée de leur mère. Ils l’ont alors présenté à divers éditeurs, et c’est finalement un magasin de Brive-la-Gaillarde qui se proposa pour diffuser le jeu. Le magasin en question se nommait Vidéomatique, et il était tenu par le papa de… Frédérick Raynal – dont l’un des copains a d’ailleurs bossé sur la protection anti-copie du soft. On apprend pas mal de petites anecdotes savoureuses sur cette improbable aventure dans cette interview – enjoy. En tous les cas, CHOMEDU n’a pas connu le succès escompté (ou pas ?). Il ne s’en serait vendu que quelques exemplaires – d’où l’intérêt de pouvoir y jouer avec des émulateurs aujourd’hui. Malgré tout, CHOMEDU connut sa petite heure de gloire en avril 1989, lorsque le magazine Amstar lui consacra un bien joli test en pleine page. Pour l’histoire.

Avec son ambiance très typée années 80 auxquelles ses jolis écrans grisâtres rendent un vibrant hommage, CHOMEDU ferait presque office de poignant témoignage. Oui le jeu des frères Loiseau, qui a une vraie gueule d’atmosphère, est tellement travaillé et fidèle à son époque qu’il confinerait presque au devoir d’anthropologie banlieusarde – austère ? Un peu, mais pas trop. Juste ce qu’il faut. Pour s’amuser. Se replonger dans une époque révolue, certes, mais dans laquelle on a tous plutôt bien vécu – qu’il était loin, alors, le culte de l’instantané. Pour profiter, enfin, d’un type de jeux vidéo tristement tombé aux oubliettes, puisque abusivement qualifié d’obsolète : le jeu d’aventure textuel avec analyseur syntaxique. Oui pour toutes ces raisons, CHOMEDU est un très bon jeu – qui devrait malgré tout être très modérément apprécié par les gens nés après les années 70/80. Ah qu’il faisait bon vivre, du temps de la micro-informatique 8 bits !

Note : joystick 2     Nostalgie :

CHOMEDU est un jeu qui, à l’instar de Chuck Norris, fut porté disparu – tiré en très, très peu d’exemplaires par un petit magasin de Brive-la-Gaillarde, réalisé par deux frangins dans leur chambre, CHOMEDU est récemment réapparu sur la scène CPC grâce au dump de l’une des rares disquettes originales encore en circulation – “ouf” de soulagement de tous les fans nostalgiques du divin CPC. En effet, il aurait été fort dommage qu’un tel jeu tombe dans l’oubli, car CHOMEDU est à la fois le témoin d’une époque révolue (les années 80, leurs banlieues…) mais aussi un vrai bon jeu d’aventure textuel. Drôle, bourré de détails qui font avancer le schmilblick ou qui multiplient au contraire les fausses pistes, CHOMEDU est un jeu intéressant à plus d’un titre. À ne pas manquer si vous êtes un passionné du CPC.

Images : Jeux vidéo et des bas / Jaquette : CPC Power

Une vidéo de la soluce du jeu :

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Une réponse à Chomedu (Amstrad CPC, 1988)

  1. Fagal dit :

    Un jeu que j’ai découvert récemment du coup, puisque streamé en direct sur Phénix info par Paco, et l’interview récente de Phénix.
    Un jeu sympa qui rappelle en effet l’ambiance 80’s, comme un certain “Renaud”, plein d’humour et de trucs tordus à trouver, de quoi passer quelques heures !…
    Un test aux petits oignons Oli 😉

    • Oli dit :

      Un jeu qui parle incontestablement aux gens qui ont connu cette époque^^ Pour ma part je l’ai découvert par hasard en trainant nonchalamment mes guêtres sur CPC Rulez.

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