Demetrios – The BIG Cynical Adventure (PlayStation 4, 2017)

DEMETRIOS – THE BIG CYNICAL ADVENTURE
Année : 2017
Studio : COWCAT
Éditeur : COWCAT
Genre : cynique ta mère !
Joué et testé sur PlayStation 4
Support : Online


Bjorn Thonen, un plouc d’antiquaire qui vit à Paris, rentre chez lui bourré et se fait cambrioler. Forcé de mener sa propre enquête avec l’aide de sa voisine Sandra, il se retrouve impliqué dans de sombres et mystérieuses affaires. Mais ces deux héros improbables pourront-ils se montrer à la hauteur et révéler au grand jour des secrets millénaires ? Comme, par exemple, résoudre l’énigme de cette statue étrange en forme d’oiseau… déjouer un complot international… trouver le remède à un poison fulgurant… apprendre la recette de la glace au déodorant… comprendre comment ce cookie est resté des mois durant collé à la cuvette des W.C… savoir identifier à l’odeur le propriétaire d’une paire de chaussettes sales… Oui avec DEMETRIOS, préparez-vous pour la grande aventure !
Ou pas…

Avertissement : chronique écrite avec de vrais morceaux de gros mots dedans.

DEMETRIOS, avec son antiquité mystérieuse, son voleur qui agresse un citoyen lambda pour mettre la main sur un objet d’apparence quelconque mais curieusement très convoité, commence avec des faux airs de l’oreille cassée, de Hergé, pour très rapidement se muer en oreille casse-couilles, tant les dialogues et autres diatribes du personnage principal (accessoirement : vous !) finissent par taper sur le système. Avec cet ovni vidéoludique, ou rencontre du troisième sale type, préparez-vous non pas pour une paire de gifles au visage, mais pour une belle paire de cloaques ! Il s’agit, en réalité, de l’un des gros paris du développeur : mettre en scène un antihéros dégueulasse, misogyne, pas très malin, crade, égoïste, vulgaire et méprisant – qui n’aurait pas dépareillé dans le magazine Psikopat (Carali forever !). Tout le monde en prend pour son grade, ou presque : les femmes, les mioches, les flics, les homosexuels, les provinciaux, voire même les étrangers (tout du moins ceux du pays fictif appelé Nogo)… sans parler de Bjorn Thonen, donc, ce beauf de parigot hétéro ! À l’aube de l’ère de la bien-pensance absolue et imposée à tous – oui la France est déjà noyautée en profondeur – le parti pris de DEMETRIOS a quelque chose de rafraîchissant. Hélas l’humour méchant, gratuit et scatologique très « brut de décoffrage » de DEMETRIOS (et en français dans le texte) manque souvent de finesse – même si, je l’avoue, il fait mouche parfois. Mouche à merde, j’entends ! Et puis franchement, pourquoi critiquer DEMETRIOS à propos de ses étrons, vomissements et autres flatulences suspectes quand, à l’époque, personne n’avait osé dire du mal de l’un des fleurons des jeux indés, à savoir LIMBO – dans lequel on passe son temps à pousser des caisses… (tentative d’humour désespérée). En bref on accroche, ou pas. Pour ma part, j’ai eu un peu de mal au début, puis je me suis pris au jeu… pour finalement réaliser que sans ces touches d’humour gras aussi embarrassantes que d’obscures traces de freinage dans un caleçon usagé, DEMETRIOS ne serait qu’un simple petit jeu d’aventure de plus. En gros, on n’en parlerait pas aujourd’hui. Même sur Jeux vidéo et des bas. Oui quelque part, son antihéros détestable, ses insultes à répétition, son humour bas-de-plafond… tout cela donne une âme à DEMETRIOS. Une identité propre – pour un jeu sale ! Un jeu unique ? En quelque sorte, oui. Cruel destin donc, que celui de DEMETRIOS : ce qui le différencie de la concurrence (très rance ?) est aussi ce qui, je pense, le fâchera avec une partie du public.

Mais DEMETRIOS, sur le fond, qu’est-ce que c’est ? Il s’agit d’un jeu d’aventure où il faut pointer, gerber et cliquer sur l’écran (votre personnage n’apparaît pas en dehors des phases de dialogues), qui rappelle beaucoup les petits jeux d’objets cachés qui fleurissent un peu partout sur mobiles, mais aussi les vieux titres d’ordinateurs désormais injustement condamnés à la poussière, l’Amstrad CPC en tête (vous souvenez-vous de l’improbable CHOMEDU ?). Chercher les trois cookies dissimulés dans chacun des écrans du jeu est d’ailleurs bien marrant – si on n’est pas allergique au genre. Les chasseurs de trophées, amateurs de challenge, devraient d’ailleurs s’y retrouver pour, au final, couler un joli (trophée en) bronze. Pour un point&click, la grande force de DEMETRIOS tient en deux détails : sa difficulté bien dosée qui donne toujours envie d’avancer, et son interface qui est un pur régal. Stick gauche pour bouger le curseur, stick droit pour zoomer sur les détails, un bouton pour l’inventaire, un autre pour les outils spéciaux (interactions avec un téléphone, par exemple), la possibilité de combiner un grand nombre d’objets avec une facilité déconcertante et une navigation rapide et efficace sur toute la carte – différents lieux sont souvent disponibles.

Dans son genre, DEMETRIOS est donc une véritable réussite au niveau du gameplay. Mieux : l’excellente gestion de la difficulté du bouzin se retrouve aussi dans l’impossibilité de perdre définitivement sa partie. Certes, on se retrouve souvent face à un écran de game over… Mais en réalité, il s’agit d’un jeu dans le jeu ! Oui, avec DEMETRIOS il faut essayer les choses les plus crétines qui soient, genre les deux doigts dans la prise de courant, afin de débloquer l’un des 68 écrans de game over que compte l’aventure ! Et n’ayez pas peur de mourir, puisque le joueur ne fait face à aucun malus lorsqu’il passe l’arme à gauche : il réapparaît dans la foulée juste avant sa prise de décision fatidique. Sympa. Drôle. Ludique. Afin de varier les plaisirs, le développeur a aussi agrémenté son soft de nombreux dialogues, dont certains à choix multiples, ainsi que de quelques passages en forme de clins d’œil aux vieux jeux d’aventure textuels, mais aussi de mini jeux simples et pas désagréables – à la fête foraine, au bord du lac avec vue imprenable sur la centrale nucléaire, etc. Bien sûr, l’essentiel de l’aventure est constitué d’objets à chercher, à combiner, et d’énigmes à résoudre dans la plus grande tradition du genre – insultes mises à part !

Plutôt réussi, léger et prenant sur le fond (j’ai eu du mal à m’arrêter après avoir commencé ma partie), DEMETRIOS devrait malgré tout avoir un peu de mal à rencontrer son public. La faute tout d’abord à un humour discutable – d’aucuns diront à chier, pour rester dans le (bad) trip. Paradoxalement, c’est aussi cet humour qui fait de DEMETRIOS un jeu à part. Cynique certes, mais surtout unique ! Hélas, un deuxième écueil risque de décourager celles et ceux qui avaient pourtant survécu, voire adhéré à l’humour pipi-caca dans le rôle de Charybde. Il leur faudra également surmonter le piège tendu par Scylla… À savoir la forme du jeu : graphismes plutôt laids (décors et surtout personnages), musiques peu marquantes, animations extrêmement limitées. Bien évidemment, la technique ne fait pas tout – encore plus dans un jeu de ce type. Mais je sais qu’il sera compliqué pour certains joueurs de fermer les yeux sur la patte graphique peu ragoûtante pour se concentrer sur ce que DEMETRIOS fait de mieux : son gameplay bien pensé, et sa difficulté bien dosée. Pour ma part, j’ai plutôt adhéré à ce drôle de voyage. L’aventure est fluide, les interactivités sont très nombreuses et rigolotes, on n’a jamais l’impression d’être véritablement bloqué – et puis la chasse aux cookies et aux game over débiles, c’est un plus non négligeable. Enfin, dernier argument de vente en faveur de DEMETRIOS : même sans la télé adéquate, vous pourrez y jouer en 4K-ca.

Note :

Déjà disponible sur PC et Vita depuis 2016, DEMETRIOS débarque enfin sur PlayStation 4, en cross-buy – certaines grandes gueules peuvent dorénavant la fermer… Malgré ses graphismes limités et son scénario un peu simpliste, DEMETRIOS est un bon petit jeu d’aventure, qui fait souffler une agréable brise de nostalgie – et d’odeurs de chaussettes sales, mais passons. Et ce n’est pas un hasard puisque le développeur français a commencé la programmation il y a bien longtemps, sur un Amstrad CPC 6128. Heureusement, le gameplay et l’interface de DEMETRIOS ne sont aucunement figés dans le passé, mais bien ancrés dans notre époque : il s’agit de la grande réussite du jeu. Malgré tout, faites attention où vous mettrez les pieds – et je ne parle pas des pièges retors qui parsèmeront votre parcours à la fin de l’aventure, mais bien de ces plaques de vomi et de ces excréments jonchant régulièrement le sol. L’humour gras et très pipi-caca de DEMETRIOS ne plaira pas à tout le monde. En tous les cas, il permet incontestablement au jeu de se démarquer de la concurrence.

Images : éditeur (version PC)

Trailer :

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