Rive (PlayStation 4, 2016)

RIVE
Année : 2016 (2017 au format physique)
Studio : Two Tribes
Éditeur : EastAsiaSoft
Genre : la bataille de Rive-Oli
Joué et testé sur PlayStation 4
Support : Blu-ray


Roughshot est un mercenaire de l’espace comme on n’en fait plus : grande gueule, bourrin… il aime aussi tuer le temps, entre deux missions avariées, en jouant à des jeux vidéo rétro. Une expérience qui pourrait bien lui être utile durant la mission qui se profile à l’horizon… Au hasard des trous noirs béants et de l’espace intersidéral, Roughshot découvre en effet un objet métallique gigantesque. Une base intergalactique ? Mais dirigée par qui ? À l’intérieur du corps mécanique abandonné, les seules traces de vie semblent être de piteux cafards, errant entre deux couloirs, et quelques carcasses rouillées. De nombreux robots sont malgré tout activés… et ils ne sont pas amicaux ! Heureusement, Roughshot pourra compter sur son vaisseau de combat en forme de petite araignée, disposant d’un arsenal à la pointe de la technologie et de capacités mobiles qui pourraient bien le rendre insaisissable. Ou pas.

RIVE droite, RIVE gauche… c’est un peu comme les joues. Tu prends une gifle sur celle de droite, tu tends la gauche dans la foulée. Oui dans le jeu de Two Tribes, il faut aimer souffrir. Serrer les dents et retenir ses larmes lorsque les paumes musclées des développeurs vous assènent claque sur claque dans un déluge de sadisme et de pièges injustes durant un premier run pas forcément mémorable. On y progresse piteusement en mourant régulièrement à un rythme effréné – certains pièges ou patterns diaboliques ne pouvant être maîtrisés la première fois – tout en, et c’est paradoxal, progressant inlassablement vers le dernier chapitre et son sprint final endiablé. Car RIVE n’est pas hardcore, loin de là même : il est difficile, il punit le joueur un nombre incalculable de fois (jusqu’au dégoût ?) mais le système de checkpoints est ainsi fait qu’il permet à tous de grappiller quelques mètres et quelques minutes dans le jeu après chaque mort violente. En gros et pour faire simple : on avance, on meurt, checkoint, on avance un petit peu plus loin, on meurt, checkpoint, on avance encore un peu plus loin, on meurt, checkpoint, etc. Cette danse macabre et très maladroitement rythmée noyaute même la plupart des combats de boss, à la fin de certains niveaux… C’est là, je crois, le principal défaut de RIVE. Le dernier jeu du (déjà) regretté studio Two Tribes aurait incontestablement gagné à proposer un mode easy pour débuter, quitte à mettre moins de checkpoints pour mieux équilibrer tout ça – et donner l’impression au joueur qu’il progressait dans l’aventure grâce à son habileté, et non pas grâce à sa faculté à se traîner de point de sauvegarde en point de sauvegarde… En gros le premier run de RIVE teste davantage l’endurance du joueur, que sa technique pure.

Et c’est regrettable, puisque dès lors RIVE se met à dos une catégorie entière de joueuses et de joueurs : celles et ceux qui rangent leur jeu une fois le premier run terminé. On se retrouve alors face à des tests comme celui-ci, pourtant écrit par un rédacteur que j’apprécie sur GameKult, mais qui ne semble pas avoir poussé l’aventure au-delà du premier run – un brin usant et décourageant, je suis le premier à le reconnaître. Eh bien pour ma part, je ne me suis pas arrêté là. J’ai pris mon courage à deux mains. J’ai ravalé mes larmes. J’ai apposé un sac de glace sur mes joues meurtries. Oui, j’ai relancé une partie ! Et vous savez quoi ? Le miracle opéra… Inconsciemment, le premier et très douloureux run avait imprimé en moi la plupart des patterns ennemis, les gestes vitaux à effectuer en une fraction de seconde pour survivre au pire. Dominer l’insondable. Retourner par centaine les carcasses usées des robots ennemis de ce run&gun complètement taré ! Aussi improbable que celui puisse paraître, j’ai très rapidement pris mon pied, je mourais beaucoup moins souvent, je prenais confiance… au point de tenter des figures artistiques dignes d’un double boucle piqué – saut, double saut pour se jouer de certaines vagues ennemies, atterrissage dans la foulée, tir d’une salve de plombs à droite, arrosage à 360 degrés, nouveau saut, puis double saut… Raaaah, que c’est bon ! RIVE étant relativement court (comptez environ 4 heures quand vous connaissez le jeu), vous vous surprendrez très vite à relancer des parties dans la foulée, à tancer le Diable à l’envi – pour tenter des trucs, relever des défis : un speedrun, un one-credit mode, un run sans arme spéciale, un autre pour dénicher des secrets (bien fichus et bien cachés), que sais-je encore…

Vous l’aurez compris : RIVE met du temps à se révéler pleinement – au risque de déplaire définitivement aux joueurs les moins patients, les moins acharnés. Si vous faites partie, comme moi, de la secte de celles et ceux qui ne lâchent rien, vous risquez bien de tomber sous le charme de se shooter pas tout à fait comme les autres. RIVE se présente en fait comme une espèce de run&gun en 2D, à la sauce twin-stick shooter. Premier détail : RIVE est techniquement magnifique. Le jeu a une gueule – de porte-bonheur. Une âme. Bref, il dégage incontestablement quelque chose, et sa 2D démontre un maîtrise totale de Two Tribes pour la chose, à savoir le trip un brin old-school – on est en effet à mille lieues de ces jeux aux graphismes 2D typés flash qui pullulent sur la scène indé. Deuxième détail qui flatte les esgourdes : les musiques sont excellentes et la voix du personnage principale très charismatique – bien qu’un peu clichée, c’est vrai. Les (trop) nombreuses remarques du héros, tout au long de l’aventure et visant à briser le quatrième mur, ne font pas mouche à chaque fois, d’ailleurs… Les meilleurs clins d’œil à nos vieux jeux rétro sont même plutôt ceux qui savent se libérer de l’étroit carcan des textes pour voler de leurs propres ailes, en proposant quelques petites phases de gameplay drôles et particulièrement bien senties.

Dans RIVE, le joueur contrôle donc un petit vaisseau rappelant une araignée – sauteuse, dans une espèce de METAL SLUG with a twist. Le vaisseau en question se dirige à la manière d’un twin-stick shooter, et par conséquent il est à la fois possible de tirer à 360 degrés en avançant mais aussi en reculant. Les habitués seront en terrain miné, mais connu. Et RIVE, avec sa jolie 2D, va également un peu plus loin qu’un simple twin-stick shooter, puisqu’il saupoudre le tout de phases de plates-formes assez nombreuses, dont il faudra vous jouer en usant et abusant du saut et du double saut. Rien de particulièrement hardcore ou de très original cependant, même si certaines phases en scrolling forcé avec des coulées de lave prenant un malin plaisir à lécher amoureusement votre cockpit risquent de vous pousser à insulter la Terre entière. Shit ! Notez cependant que même ces moments très tendus ne devraient pas vous faire désespérer pour autant : l’ami checkpoint n’étant jamais bien loin du pauvre petit joueur meurtri… On progresse donc dans RIVE en éliminant des vagues d’ennemis assez variés, parfois un brin énervants (les kamikazes…), on alterne les petites phases de plates-formes et d’autres beaucoup plus statiques avec de nombreuses salles qui sont en réalité des arènes destinées à pousser le joueur dans ses derniers retranchements : gestion de l’espace, des patterns, du double saut – apprêtez-vous à danser autour et au-dessus de fléaux… des vagues, que dis-je : des tsunamis adverses tout en gérant bien votre arsenal. Ce dernier est d’ailleurs un brin décevant : quatre armes spéciales pour assister le joueur, mais une seule vraiment indispensable et ce, même au plus haut niveau (en hard). Il s’agit du shotgun. On a en effet l’impression que les trois autres font surtout de la figuration pour, uniquement, pousser le joueur à varier les plaisirs dans les situations les moins tendues. Heureusement, le piratage informatique ajoute un peu de variété à tout cela : robots infirmiers, tourelles de combat et plus si affinités… À vous de bien choisir votre partenaire de métal et dansant pour survivre aux tangos assassins qui se profilent dangereusement à l’horizon…

RIVE est définitivement un jeu à faire. Non, je corrige : RIVE est définitivement un jeu à refaire, tant le premier run peut s’avérer injuste, voire désespérant. Si vous êtes du genre perfectionniste, ou acharné du joystick, vous ne lâcherez pas l’affaire. Et vous découvrirez alors, après deux ou trois parties, que RIVE est en réalité une mine d’or : fun, super maniable, nerveux, beau, rapide à boucler certes, mais indéfiniment à aimer. Au final vous en redemanderez. Encore !

Note :

Avec RIVE, c’est le coup de foudre… mais au sens propre, pas au figuré ! Durant son premier run, le joueur se retrouve en effet rapidement foudroyé, malmené… On finit presque désespéré à force de rendre l’âme tous les dix mètres, et on se résigne à progresser en se traînant lamentablement de checkpoint en checkpoint. Non, l’amour fou pour RIVE mettra bien plus de temps à éclore. Il vous faudra attendre votre deuxième, voire troisième run. Vous vous surprendrez alors à maîtriser les pièges, les patterns, toutes les feintes de cette espèce de run&gun mâtiné de platformer à la sauce twin-stick shooter. L’essayer, ce n’est pas forcément l’adopter. Il faut y rejouer, pour l’aimer.

Images : éditeur

Vidéo :

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