The Infectious Madness of Doctor Dekker (PlayStation 4, 2018)

THE INFECTIOUS MADNESS OF DOCTOR DEKKER
Année : 2018
Studio : D’Avekki Studios Limited
Éditeur : Wales Interactive Ltd. / Limited Run Games
Genre : fou artistique
Joué et testé sur PlayStation 4
Support : Blu-ray


Le docteur dekker, un psychiatre renommé, a été assassiné. Vous reprenez son cabinet, et tentez de nouer une relation de confiance avec vos nouveaux patients. Mais ne faudrait-il pas, au contraire, pousser ces derniers dans leurs derniers retranchements afin de les faire parler ? En effet, il se dit que le docteur aurait été assassiné par l’un d’eux… Des patients aux troubles divers et avariés, mais dont certaines racines assassines semblent correspondre. Quels étranges secrets ont bien pu enfanter les innombrables discussions entre Dekker et ses patients ? Combien de cadavres exquis sont encore dissimulés en ces lieux, entre l’araignée et le plafond ?

THE INFECTIOUS MADNESS OF DOCTOR DEKKER est un jeu en Full Motion video réalisé par Tim Cowles, un spécialiste du genre qui travaille d’ailleurs sur un nouveau titre au moment où j’écris ces lignes – de coke. Oui, il faut avoir l’esprit haut perché pour se lancer dans une telle aventure, empruntant autant aux méandres labyrinthiques du cosmos qu’aux confins psychiatriques encore loin d’être défrichés sommeillant en chacun de nous. Bon j’exagère un peu puisque toute l’intrigue de DOCTOR DEKKER se déroule sur un… canapé ! Mais les références à Lovecraft sont nombreuses, omniprésentes… dévoreuses. Sont-elles réelles, fantasmées/dégurgitées, sont-elles là juste pour décorer ? Je me garderai bien de répondre à cette question, sous peine de divulgâcher le pot aux roses final. Des roses au sourire charmeur mais carnassier – prenez garde au galbe enchanteur des silhouettes des actrices : ce n’est pas pour rien que les roses sont dotées d’épines ! Aislinn De’ath (la rouquine), Bianca Beckles-Rose (la brunette) sont effectivement sublimes. Et parfois leur personnalité, portée par un jeu toujours très juste, bascule brutalement de la fée aguicheuse à la maladie maligne. C’est en réalité le scénario entier qui bénéficie du talent des actrices et des acteurs de DOCTOR DEKKER. Il n’y a pas le moindre maillon faible dans ce casting peu connu, mais surdoué. Ces hommes et ces femmes donnent corps et âme à leurs personnages : Marianna en prétendue veuve noire aspirée par un océan de ténèbres la nuit venue, Jaya cette secrétaire à la langue bien pendue, le jeune Nathan torturé par la perte d’un être cher, qui affirme revivre régulièrement le même jour, la pétillante Elin qui s’occupe de personnes en fin de vie et qui, semble-t-il, en accompagne un peu trop de l’autre côté du miroir, ou encore Bryce, stressé et presque hyper actif, dont les journées semblent s’étirer au-delà des 24 heures standards.

Grâce aux acteurs, le joueur/spectateur tisse de véritables liens avec les personnages – l’essentiel du gameplay du jeu consistant à discuter, poser des questions, tenter de guider la conversation pour amener notre interlocuteur à se livrer davantage. On finit complètement immergé dans l’histoire, et c’est l’une des plus grandes réussites de DOCTOR DEKKER. Mais il ne suffit pas de sélectionner les bonnes questions (l’interface est bien fichue, avec quelques pistes et indices pour nous aider et des marqueurs de progression) – il faudra aussi souvent imaginer nos propres questions de A à Z. Entendez par là qu’il conviendra de tout taper au clavier ! J’espère que vous en avez un compatible USB, autrement cela se fera (péniblement) à la Dualshock 4… Loin d’être évident, ce stratagème m’a néanmoins particulièrement plu, me rappelant régulièrement, l’esprit brinquebalant, mes parties lointaines et déchues sur des jeux d’aventure textuels avec analyseur syntaxique. Celui de DOCTOR DEKKER est bien évidemment de meilleure qualité que ceux ayant sévi sur Amstrad CPC, cela va sans dire. Il est possible de sauter des articles, prépositions et autres petits mots inutiles quand on veut aller à l’essentiel. Néanmoins, certaines questions doivent parfois être (trop) détaillées, et la moindre faute d’orthographe peut s’avérer fatale : j’espère donc pour vous que vous parlez bien anglais, car le jeu n’a pas été traduit… Au pire s’il sèche, le joueur perdu pourra toujours ravaler sa fierté et utiliser l’option “hint”.

Voilà pour l’essentiel : THE INFECTIOUS MADNESS OF DOCTOR DEKKER est donc un jeu en FMV, où l’on incarne un psychiatre reprenant le fauteuil d’un confrère récemment assassiné… sans doute par l’un de ses patients. À vous, donc, de gagner la confiance de ces êtres souvent écorchés vifs (au sens figuré ?), afin qu’ils se confient davantage et qu’ils vous guident donc, sans s’en rendre compte, vers l’identité du coupable – identité qui changera d’une partie à l’autre, avec plusieurs fins à la clé ! Le jeu est vraiment passionnant, bien écrit, bien joué (je l’ai déjà dit), truffé de références malines et qui place le joueur au centre d’un difficile numéro d’équilibriste – entre la raison et la folie. Le travail et l’envie. Le désir et l’ennui. Faut-il croire aux histoires extravagantes de tous ces patients ? Ou garder les deux pieds sur terre, au risque de finir six pieds en-dessous ? La prophylaxie psychiatrique épouse en effet parfois les courbes reptiliennes d’un mal aux crocs venimeux – pour le docteur, son patient… ou pour les deux ? L’intrigue est divisée en plusieurs jours, durant lesquels se succéderont différents patients. Avec les gâchettes L1 et R1 il est possible de passer de l’un à l’autre, et de rebondir sur l’une des questions de Marianna grâce à une révélation récente de Nathan, par exemple. Tout cela fonctionne très bien, pour peu que vous fassiez le premier pas. En effet, DOCTOR DEKKER est un jeu qui joue beaucoup sur la suggestion – un regard en biais, un subtil changement de ton. Ici pas de scènes grandiloquentes, et encore moins de surprises de mise en scène (ou si peu). Comme je l’ai déjà précisé, toute l’intrigue se déroule sur le canapé de votre cabinet de psychiatre, par conséquent si vous ne faites pas l’effort pour vous immerger dans l’histoire, si vous n’êtes pas réceptif aux thématiques transsudant à travers les corps et âmes de ces patients complètement flous, vous aurez toutes les peines du monde à avancer. Car le jeu est long – comptez entre 6 et 8 heures. Son parti pris très statique risque donc de laisser plus d’un joueur sur le carreau.

Pour ma part DOCTOR DEKKER m’a enchanté – ou devrais-je dire ensorcelé ? Certes le jeu n’est pas sans défaut, j’aurais par exemple apprécié qu’il aille un peu plus loin. J’aurais aimé sortir du carcan de notre canapé – pour visiter les rêves de certains, les dires de certaines… Pourquoi pas tout simplement le quartier ? Mais ce qu’il fait, THE INFECTIOUS MADNESS OF DOCTOR DEKKER le fait bien. Préparez-vous donc pour un voyage bien étrange… dans les remugles peuplant l’esprit de Lovecraft, et ses sombres tentacules grouillant.

Note :

Un jeu d’enquête en Full Motion Video, qui se permet même le luxe de faire revivre un genre oublié : le jeu d’aventure textuel. Quel pied pour l’aventurier du pixel perdu que je suis toujours resté ! Certes, DOCTOR DEKKER peut se jouer simplement en sélectionnant certaines questions et réponses parmi celles proposées, mais si vous ne faites pas l’effort de tirer les vers nébuleux du nez de certains des personnages du jeu, c’est-à-dire en tapant directement vos questions sur un clavier, vous devriez avoir du mal à cerner la vérité dans cette sombre histoire de meurtre d’un psychiatre… Un peu long et jouant beaucoup sur la suggestion (un seul lieu : le canapé), DOCTOR DEKKER ne plaira pas à tout le monde. Personnellement, j’ai beaucoup aimé. Et vous, perdrez-vous pied avec la réalité ?

Images : PlayStation.com

Trailer :

 

 

A propos Oli

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