The Shapeshifting Detective (PlayStation 4, 2018)

THE SHAPESHIFTING DETECTIVE
Année : 2018
Studio : D’Avekki Studios Limited
Éditeur : Wales Interactive Ltd. / Limited Run Games
Genre : le joueur a les cartes en main
Joué et testé sur PlayStation 4
Support : Blu-ray


Vous êtes Sam, un détective privé aux ordres d’une mystérieuse organisation… qui décide de vous envoyer dans la petite ville reculée d’August – où tout le monde semble se connaître. Une jeune femme vient d’y être assassinée, et sa mort avait été prédite par trois personnes, toutes membres d’un groupe pratiquant le tarot à des fins divinatoires. Le flic en charge de l’affaire vous attend sur place. Tous les suspects sont également maintenus dans une grande maison d’hôtes dont la si rousse tenancière, Violet, parait avoir les idées peu claires. Heureusement, vous avez un don caché – et qui doit le rester. Vous êtes capable de prendre l’apparence de n’importe quelle personne que vous avez préalablement croisée. Est-ce que ce sera suffisant pour faire parler cette drôle de communauté… pour leur tirer les vers dérangés du nez ?

Le cinéma japonais avait son NIGHTMARE DETECTIVE, élégamment dirigé par la caméra torturée de Tsukamoto Shinya… eh bien maintenant les jeux vidéo ont leur SHAPESHIFTING DETECTIVE, une aventure au format FMV. Leur point commun : un flou ambiant et un détective privé… de sommeil.

Alors mettons de suite les points sur les i, les barres aux t et les flingues sur la tempe des condamnés : THE SHAPESHIFTING DETECTIVE est un jeu d’enquête résolument statique où tout passe par les dialogues, et les rencontres, qu’il conviendra de recouper pour confondre ou innocenter certains suspects. Certes l’impression de liberté est ici un peu plus forte que dans le précédent jeu du studio : DOCTOR DEKKER. On peut prendre un taxi, aller dans certaines maisons pour rencontrer d’autres individus, naviguer de chambre en chambre pour discuter… Mais tout cela est évidemment très artificiel… et notre inspecteur aux pouvoirs surnaturels se révèlera très vite être un détective privé… de mouvements. Dans THE SHAPESHIFTING DETECTIVE donc, il est impossible d’interagir avec le décor, de fouiller une chambre, de diriger la caméra dans une quelconque direction.

Le gameplay du jeu se limite par conséquent à choisir à qui l’on souhaite parler, et à sélectionner des questions et des réponses – on peut aussi décider de ne pas utiliser certaines phrases (l’icône d’une poubelle apparait alors), et c’est loin d’être anecdotique. Autre différence par rapport à DOCTOR DEKKER : cette fois-ci il n’est plus possible de taper le moindre texte à l’écran (à la manière des vieilles aventures textuelles à analyseur syntaxique) – et ce n’est pas plus mal en fait, ça rend l’intrigue plus fluide.

Mais la plus grande différence entre DOCTOR DEKKER et THE SHAPESHIFTING DETECTIVE, l’innovation qui change tout, c’est la possibilité de se transformer à volonté, d’épouser la forme, la voix et les courbes de l’un des nombreux personnages du jeu (tous incarnés par d’excellents acteurs et actrices). Pour cela rien de plus simple, et fourbe : il suffit d’avoir rencontré cette personne une première fois, puis de se rendre dans notre chambre. Et là, tel un caméléon sorti d’un cauchemar maudit, la réalité se dissout pour faire place à l’imaginaire… un mirage aux relents étranges et méphitiques qui ne sera pas nécessairement expliqué frontalement, durant le récit – qui accumule intelligemment les mystères et les non-dits… plus ou moins tragiques ?

Le dénouement de ce sac de nœuds morbide dépendra de votre capacité à mener à bien cette enquête à… en perdre la tête, à force d’en changer. J’ai tout simplement adoré cette aventure policière mais pas toujours policée, qui m’a ponctuellement rappelé LE MANOIR DE MORTVIELLE à la sauce FMV : aller de chambre en chambre dans une maison d’hôtes aux recoins obscurs, aux plafonds inquiétants et aux invités aux sourires tour à tour charmeurs et carnassiers, m’a ainsi fait replonger dans un lointain passé… Une époque ou l’imagination galopante du joueur faisait partie intégrante du processus d’immersion. Bonne nouvelle, c’est aussi le cas dans THE SHAPESHIFTING DETECTIVE : si vous ne faites pas l’effort de faire le premier pas dans l’univers artificiel des mécaniques FMV, votre suspension volontaire d’incrédulité baissera rapidement pavillon. En gros, il faut jouer le jeu, pour pouvoir y jouer !

Si j’ai beaucoup aimé THE SHAPESHIFTING DETECTIVE, je reste bien conscient que le concept demeure très perfectible. J’aurais aimé pouvoir entrer dans les chambres en l’absence de leurs hôtes par exemple, pour fouiller les environs au risque d’être surpris par un regard interdit ! J’aurais adoré pouvoir interagir parfois avec la caméra et quelques meubles, à la recherche d’indices… ou de fausses pistes ? Se pose enfin la question de la rejouabilité. Le jeu se termine en quelques heures et à mon sens, cela suffit amplement. Certes il est possible d’y rejouer dans la foulée pour débloquer des fins différentes, tenter des approches contraires, faire face à un nouveau coupable (son identité peut changer)… et donc d’assister à des scènes qui s’étaient précédemment refusées à nos regards indiscrets – en s’aidant éventuellement d’un guide sur Internet ? Mais pour ma part, et à l’instar de DOCTOR DEKKER, je préfère attendre, oublier pour, comme dans le cas d’un bon film, redécouvrir le tout dans quelques mois, ou années, sous un jour nouveau. Et j’ai particulièrement hâte de remettre les pieds dans cet asile de flou.

Note :

THE SHAPESHIFTING DETECTIVE aurait pu être la suite de DOCTOR DEKKER – d’ailleurs on peut se demander s’ils ne se déroulent pas dans le même univers (quelques clins d’œil sont dissimulés çà et là). Je le trouve même un poil plus réussi, un cheveu (roux) plus plaisant. Vous me répondrez que c’est logique, puisque THE SHAPESHIFTING DETECTIVE est plus récent. Prenante, intéressante, dérangeante… cette enquête aux relents de Film Noir au format FMV, portée par d’excellents acteurs (dont la “FMV Queen” Aislinn De’ath) fait indéniablement passer un excellent moment. Tout n’est pas parfait, c’est toujours extrêmement statique (pourquoi ne pas pouvoir fouiller dans les décors par exemple ?) et il n’y a aucun bonus à débloquer… mais si vous êtes client de ce genre d’expériences, vous ne pourrez qu’accueillir à bras et à cœur ouverts ce renouveau d’un genre vidéoludique autrefois tombé aux oubliettes.

Images : éditeur

Trailer :

 

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