Lost Patrol (Amiga, 1990)

LOST PATROL
Année : 1990
Studio : Shadow Development
Éditeur : Ocean
Genre : patrouille et balles perdues
Joué et testé sur Amiga 500
Support : disquettes


Juin 1965. Un hélicoptère de l’armée américaine s’écrase en pleine jungle vietnamienne. Sept survivants parviennent à s’extirper des décombres encore fumants. Sans radio, et avec des munitions et des rations en nombre très limité, les jeunes soldats, extrêmement isolés, pourront malgré tout compter sur une carte assez précise des environs, sur laquelle figurent notamment l’emplacement des villages, des éventuels champs de mines et des troupes ennemies. Leur objectif ? Rallier la ville de Du Hoc, située à environ 93 kilomètres de là. La marche s’annonce longue, et pénible. Heureusement que These Boots Are Made for Walkin’ !


LOST PATROL fait partie de ces jeux qui marquent autant que si vous aviez mis le pied sur une mine antipersonnel – à ceci près que les blessures qu’il laisse, les sillons qu’il trace sont si légers qu’ils transportent plus qu’ils n’agacent. Si plus d’un joueur des années 90 s’était donc cassé les dents sur cette aventure située en pleine guerre du Viêt Nam, aucun d’entre eux n’en a gardé de rancune tenace – qui peut vraiment se vanter d’être allé au bout du jeu ? Pour ma part, je ne cessais de mourir au bout de quelques dizaines de minutes de pérégrinations militaires dans une ambiance délétère mais paradoxalement… reposante. Et j’y revenais inlassablement, pour me faire punir une nouvelle fois, de tomber malade, de mourir… le tout avec le sourire.


Le jeu est en effet terriblement envoutant : sa musique figure parmi les plus inoubliables de l’ère 16 bits. Elle nous accompagne pas à pas dans une nature hostile magnifiquement retranscrite par des graphismes de grande qualité. On progresse alors lentement sur la carte, ne sachant pas vraiment à quoi on devra faire face, quelle sera la prochaine menace. Un pied qui se pose maladroitement sur une mine, une maladie assassine, le moral des troupes en berne… voire un guet-apens dans les rizières et une pluie de rafales de plombs ?


Les informations sont le plus souvent distillées sous forme de texte, directement à l’écran, le joueur se contentant de prendre les nombreuses décisions nécessaires à la progression de son unité : quel chemin emprunter, combien de rations utiliser, quand se reposer, quel soldat envoyer en éclaireur… On est aussi proche du jeu d’aventure, de gestion et d’exploration que du jeu d’action – même si les mini jeux qui rythment nos pérégrinations en territoire hostile s’avèrent rapidement essentiels à maitriser : une mauvaise prestation du joueur a en effet des conséquences terribles sur la santé et le moral des troupes… et s’il est possible de battre en retraite plutôt que de lutter de front, sachez que vous risquez alors de vous prendre une balle aussi perdue que l’est votre patrouille, et qu’il ne vous sera pas possible de fouiller efficacement la zone ensuite – oui en cas de victoire lors d’un mini jeu, si vous prenez le temps de fouiller les lieux vous y décèlerez des munitions, des grenades ou des rations. Et quand on est perdu dans la jungle vietnamienne, ces petits trésors valent de l’or !


Sans être extraordinaires, ces mini jeux qui constituent donc le nerf de la guerre, ne sont pas infamants pour autant. Si le combat à mains nues est un peu ridicule, d’autres séquences se révèlent plutôt amusantes : le mano a mano au fusil de sniper, la fusillade contre des soldats du Viêt-cong, le lancer de grenades dans les rizières… Et non ici pas de roulette russe façon VOYAGE AU BOUT DE L’ENFER, c’était sans doute un peu trop violent – quoique, dans l’ensemble, le ton de LOST PATROL est très adulte : le jeu d’Ocean laisse ainsi parfois le joueur seul face à sa conscience, en lui proposant par exemple d’abattre froidement des villageois ou au contraire de laisser ces derniers vivre en paix… Si tant est que c’eût été possible à cette époque. Une chose est sûre : ces mini jeux, pas trop rébarbatifs, sont donc absolument indispensables au bon déroulé de votre mission de survie. Peut-être trop, d’ailleurs, puisqu’ils peuvent vous plonger dans le désarroi le plus profond (oui, le game over), ou au contraire se révéler roboratifs en venant vous récompenser grassement – je me répète, mais une fois un mini jeu conclu victorieusement, pensez à fouiller les environs !


Une partie de LOST PATROL se déroule sur un rythme lent : on clique et on claque aussi sur la carte, en cas de passage inopportun sur un champ de mines… Pour éviter pareille déconvenue, il convient donc de prêter attention aux détails : étudiez attentivement la topographie du terrain (on peut deviner quels sont les endroits les plus dangereux), adaptez la vitesse de votre marche en conséquence, gérez intelligemment votre nombre de rations et pensez à faire de nombreuses pauses – réservez les bivouacs pour les campements nocturnes, c’est l’une des bizarreries du jeu mais les pauses de 10 minutes après une marche revigorent davantage qu’un bivouac diurne d’une heure… Vous devrez alors faire face à des évènements aléatoires (par exemple les blessures initiales causées par le crash de l’hélicoptère), à des attaques et à des pièges ponctuels (qui déclenchent généralement des mini jeux)… Mais la plupart du temps, vous serez donc seul face à la carte des lieux, les yeux hagards et le doigt fébrile, presque tremblant avant de cliquer pour modifier l’itinéraire de votre commando perdu en territoire hostile, le tout en écoutant une musique sublime, étrange et envoutante qui va comme un gant à l’esprit d’un jeu lent, impitoyable et déroutant.


Réputé à l’époque pour sa difficulté, le jeu m’avait alors impressionné. Je le pensais impossible à terminer. J’ai, depuis, complètement révisé ma position. En réalité, LOST PATROL est plutôt facile à boucler. Il ne faut pas se précipiter, s’approprier les codes et les mécanismes de l’aventure, savoir prendre le temps de maitriser les mini jeux et accepter de faire un long détour pour éviter les zones les plus dangereuses – la musique lancinante du jeu semble donc avoir été composée à dessein, sa langueur paraissant nous inviter à épouser ses courbes, ses pas, ses notes belles et lentes. Surtout, et ça je l’ignorais encore récemment, les versions crackées du jeu à l’époque étaient particulièrement pernicieuses : les développeurs avaient en fait intégré une espèce de protection anticopie en forme de sadique cheval de Troie – les pirates n’y avait vu que du feu, que dis-je : des murs de napalm ! Le jeu se lançait ainsi normalement, on pouvait progresser dans l’aventure bon an mal an, jusqu’à un point fatidique : la deuxième partie de la carte. À ce moment précis, les membres de notre patrouille de fortune devenaient soit fous, soit malades ou suicidaires ! En gros, on se mangeait un bon gros gamer over ! Voila donc pourquoi je n’étais jamais allé très loin, à l’époque… Sachez qu’aujourd’hui, il est toujours difficile de trouver une version jouable via l’émulation – la plupart des fichiers que vous trouverez feront planter votre partie une fois parvenu à la deuxième partie de la carte. La seule solution semble être de récupérer une version bien précise du jeu (pre-release), mais là aussi, attention : certains fichiers sont truffés de bugs jusqu’à la moelle (et le mini jeu du champ de mines semble manquer à l’appel). En tous les cas la version crackée et jouable du début à la fin existe bel et bien, puisque je suis parvenu, non sans mal, à mettre la main dessus.


Mêlant aventure, exploration, gestion et petites séquences d’action, LOST PATROL est un jeu absolument formidable pour l’époque. Novateur, prenant et particulièrement envoutant, il propose une épopée unique et risquée, dans des territoires où les épées de Damoclès n’épousent pas toujours les formes cannibales de grenades lancées au-dessus de nos têtes, puisqu’elles sont aussi sous nos pieds, avec la mine des mauvais jours, prêtes à exploser. Mais malgré tout l’amour que je porte pour ce jeu, il faut aussi reconnaitre qu’en grattant un peu, certaines de ses mécaniques paraissent aujourd’hui bancales voire désuètes. Ce qui impressionnait en 1990 semble aujourd’hui relativement simpliste : l’interface n’est pas assez subtile (pourquoi ne pas pouvoir gérer des kits de survie pour éventuellement soigner nos hommes ?) et une fois que l’on a cerné la logique des mécaniques de l’ensemble, on parvient à les contourner assez aisément. Malgré un système de jeu que l’on pourra donc juger friable à l’aune des jeux vidéo modernes, LOST PATROL demeure une aventure inoubliable.

Note : Nostalgie :

Lent, étrange, envoutant, LOST PATROL propose une aventure adulte en forme de triste plongée dans la guerre du Viêt Nam, nimbée de gestion et de petites séquences d’action, le tout habillé de graphismes somptueux et d’une musique majestueuse. Si la magie du jeu d’Ocean fonctionnait pleinement en 1990, aujourd’hui il pourrait en aller autrement : ses mécaniques sont intéressantes mais relativement faciles à cerner et donc à dompter. Voir le bout de l’aventure au bout d’une bonne quarantaine de minutes demeure une expérience vraiment à part à mon sens.

Images : Jeux vidéo et des bas

Vidéo :

1 réflexion au sujet de « Lost Patrol (Amiga, 1990) »

  1. Je n’ai jamais été bien loin dans Lost Patrol. Je crois que je mettais le jeu uniquement pour la musique, et les quelques scènes numérisées.
    Mais c’est un super jeu.

    Répondre

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