
DINO CRISIS 2
Année : 2000
Studio : Capcom
Éditeur : Capcom
Genre : Capcom a dépensé sans compter !
Joué et testé sur PlayStation
Support : CD-ROM
Malgré le désastre survenu autour des recherches sur la Tri-Énergie, le gouvernement a décidé de continuer les expériences initiées par le docteur Kirk pour aboutir… à une nouvelle catastrophe, mais cette fois-ci d’une ampleur biblique ! C’est tout le centre de recherche ainsi que ses environs (forêt, petite ville, base militaire…) qui semblent avoir disparu pour réapparaitre à une époque préhistorique. Après une attaque ravageuse de dinosaures, Regina et Dylan semblent être les seuls survivants de leur bataillon. Parviendront-ils à sauver les habitants qui pourraient aussi avoir été transportés sur les lieux ? Et résoudront-ils le plus épineux des mystères – sont-ils véritablement dans le passé ?! De curieux habitants, dotés d’armes pour le moins étranges, semblent en effet décidé à les anéantir…
Capcom semble avoir écouté les retours des nombreux joueurs déçus par DINO CRISIS, car entre la suite et le jeu originel, c’est littéralement le jour et l’ennui. Là où DINO CRISIS était une piteuse copie de RESIDENT EVIL, l’inspiration en moins et les innombrables puzzles en plus, eh bien DINO CRISIS 2 fait la part belle à l’action en se démarquant ostensiblement de la célèbre saga de zombies et en expurgeant son aventure de presque toute énigme. Quel soulagement ! Oubliez donc le rythme lénifiant du premier DINO CRISIS, ses puzzles envahissants et ces clés, pass et autres cartes d’accès à récupérer pour ouvrir la moindre porte. DINO CRISIS 2 est un jeu d’action qui va droit au but : terrasser des dinosaures avec des armes agréables à manier dans des décors de toute beauté ! Cerise sur le gâteau : le stress est parfois bien présent ! Accrochez bien votre ceinture car le voyage, à vous décrocher la mâchoire, promet d’être mouvementé.
Bien que froidement accueilli à sa sortie par certains magazines (mais qu’en attendait donc Consoles+ pour l’assassiner à ce point ?), DINO CRISIS 2 constitue à mes yeux une réussite totale, à peine écornée par quelques menus défauts. Balayons-les rapidement d’un dédaigneux revers de la main : le principal est sans doute la maniabilité – attention celle-ci est bonne, plus souple que dans le premier jeu et que dans les RESIDENT EVIL : nos personnages bougent très vite, ils peuvent sauter en contre-bas au lieu d’utiliser des échelles et leurs volte-face sont diablement efficaces. Malgré tout, eh bien on reste sur une maniabilité à la RESIDENT EVIL, un brin rigide lorsque l’on doit réagir en un clin d’œil, ou que l’on est submergé par les ennemis – il manque clairement une esquive, ou une roulade. De plus, si de nombreux tableaux présentent des scrollings très fluides, d’autres proposent au contraire une structure plus oldschool – entendez par là qu’il n’y a pas toujours de scrolling pour passer d’un tableau à un autre, et que la transition peut donc être très brusque. Résultat : on ne voit pas toujours ce qui nous fait face.
Si le jeu est assez court (j’ai mis environ 6 heures en mode normal), il est aussi incroyablement intense, et dense : ça n’arrête jamais, et les développeurs ont eu la présence d’esprit de varier ponctuellement les plaisirs – deux superbes séquences de tir à la première personne, un passage aux commandes d’un tank, plusieurs phases durant lesquelles il faudra protéger un autre personnage, ou encore et surtout un niveau se déroulant intégralement sous l’eau, techniquement renversant et procurant des sensations absolument grisantes ! Mais l’essentiel de l’aventure se déroule en vue à la troisième personne, exactement comme un RESIDENT EVIL, à ceci près que le jeu est découpé en une multitude de petites sections, se rapprochant alors de l’expérience des salles d’arcade. On tue, on extermine, on brûle, on électrocute, on éviscère un nombre incalculable de dinosaures, on termine rapidement la section et on se voit récompenser par un nombre de points correspondant à notre manière de jouer (combo, no damage, etc.). Certes ce système n’est ni très poussé, ni très technique, mais c’est diablement fun et efficace.
Les points en question ne sont pas là pour illustrer notre capacité à scorer : ils servent avant tout de monnaie d’échange. Dans chaque salle de sauvegarde (très similaire à RESIDENT EVIL avec une petite musique relaxante du plus bel effet), il est ainsi possible d’acheter de nouvelles armes (et d’augmenter la capacité de ces dernières), des munitions, des kits de soin ainsi que divers objets améliorant généralement nos personnages. Et comme les checkpoints en question sont nombreux, et que les points pleuvent à mesure que l’on progresse dans le jeu en exterminant des reptiles, eh bien on se retrouve à ne jamais manquer de rien – DINO CRISIS 2 n’est donc pas un survival horror : faites cracher le plomb à vos mitraillettes, vos mitrailleuses lourdes et vos fusils à pompe, ainsi que le napalm horriblement efficace à votre lance-flammes ! C’est terriblement jouissif surtout que le rendu est fantastique ; les cartouches volent, la manette vibre, les monstres hurlent et il est même possible de tirer en courant ! Mieux : en appuyant sur le bouton triangle, on déclenche une attaque au corps-à-corps (si notre arme principale permet d’avoir une main libre) – un couteau de survie démesuré pour Dylan, et une espèce de petit sabre électrique pour Regina. Ça va gicler !
On contrôle deux personnages à tour de rôle : Regina et Dylan. Ils se jouent tous deux de la même manière mais leur arsenal diffère – je préfère celui de l’éblouissante Regina, l’héroïne du premier jeu, particulièrement bien mise en valeur durant les cinématiques, souvent très impressionnantes. C’est d’ailleurs le jeu dans son entier qui pourrait être taxé d’indécente beauté. La plupart des tableaux sont magnifiques et grouillent de vie, de détails sublimes. L’immersion est totale, l’ambiance tour à tour bucolique et infernale – et si le jeu ne fait pas peur, il se révèle parfois particulièrement stressant, voire inquiétant ; lorsque subitement la manette se met à dangereusement vibrer sous le poids de pas extrêmement pesants, le joueur n’en mène pas large… Et quand il s’aperçoit, dans le tableau suivant, qu’il s’agit en fait d’un troupeau de tricératops traversant paisiblement les champs, difficile de ne pas pousser un ouf de soulagement…![]()
Si quelques petits défauts empêchent DINO CRISIS 2 d’être parfait et de se réclamer du Graal, cela n’en fait pas moins un grand jeu rétro, croulant sous les dinos, et leurs sombres râles. Fun, et prenant pour ne pas dire dantesque, DINO CRISIS 2 se taille définitivement la part du lion dans la démesure : à l’image de ces bons vieux dinosaures, le jeu de Capcom est gigantesque !
Plus qu’un dévoiement du genre ou qu’une corruption par l’hubris, DINOS CRISIS 2 est une prise de risque réfléchie qui va au bout de ses idées. Le réalisateur Takumi Shu (qui s’attaquera ensuite à la série PHOENIX WRIGHT) et le producteur exécutif Mikami Shinji tournent littéralement le dos au survival pour nous proposer un jeu d’action jouissif et diablement immersif contre des dinos, très variés, et qui n’ont jamais été aussi beaux.
Images : Mobygames
Présentation (Capcom Consumer Chronicle Vol.2, 2004) :













