Shin kamaitachi no yoru: 11 hitome no suspect (PlayStation 3, 2011)

shin kamaitachi no yoru 11 suspect_fronticone PS3SHIN KAMAITACHI NO YORU: 11 HITOME NO SUSPECT
Année : 2011
Studio : ChunSoft
Éditeur : ChunSoft
Genre : Hercule poireaute dans le froid
Joué et testé sur PlayStation 3
Support : Blu-ray


Vous êtes Kaito, et vous aimeriez bien trouver l’inspiration et ainsi terminer votre roman. C’est dans cette optique que vous vous rendez dans une jolie pension, isolée en pleine montagne aux pentes enneigées. Sur place, vous allez retrouver Kyôko, que vous aimez secrètement depuis l’université. Hélas pour vous, elle est cette fois-ci accompagnée par un homme… grand et beau. Le week-end commence mal… Et vous n’êtes pas au bout de vos mauvaises surprises.

La première, c’est cette carte annonçant qu’une fête sera tenue ce soir, dans la pension. Chaque pensionnaire a reçu la même carte… pourtant le propriétaire des lieux niera en être l’auteur. Mais qui a bien pu écrire tout ça ? Et dans quel but ?

La deuxième et la plus choquante des surprises : c’est ce cadavre de femme que vous n’allez pas tarder à découvrir dans un onsen, dans l’une des cours de la pension. Qui est cette personne ? S’agit-il d’un accident, d’un meurtre ? Les secours étant dans l’incapacité de venir sur place en raison d’une subite tempête de neige, il va vous falloir mener l’enquête.

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On entend souvent certains professionnels annoncer la mise en berne (définitive ?) du jeu vidéo japonais dans son ensemble. La guillotine. Le bûcher. L’épilation des jambes à la fourmi rouge. Oui, les développeurs japonais mériteraient de subir le pire. L’ire des professionnels et d’une grande partie des joueurs occidentaux est sans cesse reprise de concert ces dernières années, que ce soit sur Internet ou dans quelques magazines survivant péniblement à leur fin pourtant annoncée. L’ire, oui, disons plutôt la moquerie, soyons honnête. Chacun semble défendre son bifteck. Son drapeau. Sa constellation de FPS, de FIFA et de TPS ? Sans doute aussi un peu, oui. Et pourtant, sans aller jusqu’à dire que le jeu vidéo japonais pète la forme, comment ne pas reconnaître qu’il existe encore et toujours, au Japon, un amour du jeu traditionnel ne passant pas nécessairement par la prouesse technique, la langoureuse cinématique. Revers de la médaille en chocolat ? Parfois certains en profitent pour se reposer sur leurs lauriers alors qu’ils pourraient sinon innover, du moins tirer profit des machines sur lesquelles ils développent à présent.

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C’est le constat que l’on peut faire de SHIN KAMAITACHI NO YORU : on est à la fois heureux de retrouver les mécaniques d’antan et propres aux Sound Novels de ChunSoft, mais également un peu déçu par le manque d’ambition de l’ensemble. Très honnêtement, il n’y a pas énormément de différences entre ce jeu datant de 2011, et l’épisode originel de la série sorti sur Super Famicom puis sur PlayStation en 1998. Techniquement c’est en effet plutôt faible : je ne parle pas des personnages, représentés par des ombres bleues comme le veut la tradition (l’absence de visage permet-elle de s’identifier plus facilement à certains personnages, à l’instar du processus littéraire ?). Non, je veux parler de tout le reste : les graphismes ne sont pas dignes d’une PlayStation 3 (regardez la modélisation de l’eau dans les onsen…), il n’y a pas (ou si peu) d’animations (OK encore une fois, un Visual Novel renvoie au genre littéraire, mais quand même…) et plus embêtant l’ambiance sonore, si elle est bonne, aurait dû être encore davantage soignée. Un doublage de tous les dialogues n’aurait pas été de trop – à la rigueur, ils auraient pu être proposés en option, pour ne pas gêner ceux qui aiment tout lire. Dans SHIN KAMAITACHI NO YORU, seul un tiers des dialogues sont ainsi doublés par des acteurs. Ça fait peut. Ça fait peur ?

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Non. Car c’est aussi ce qui fait le charme d’un tel jeu : ses mécaniques poussiéreuses pensées pour coller à la trame d’un roman policier et en singer chacune de ses mécaniques. Le joueur est donc très souvent spectateur, dans SHIN KAMAITACHI NO YORU. Un peu comme lorsqu’il lit un livre. Mais il est attentif. Enfin du moins je l’espère… autrement il risque de passer à côté de tous ces micro détails cachés entre les lignes (à lire ou plus rarement à écouter) et qui devraient lui permettre de découvrir qui est l’assassin sans risquer d’accuser un innocent. Vous allez donc devoir encaisser des quantités astronomiques de textes à lire (en japonais) mais si vous jouez à ce jeu, c’est certainement en connaissance de cause : on n’achète pas un Visual Novel pour zigouiller du méchant à la manière d’un CALL OF DUTY – même si SHIN KAMAITACHI NO YORU se risquera à un clin d’œil osé aux FPS, dans l’un de ses scénarios bonus intitulé Spy Route. L’espion qui venait de l’effroi ?!

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Ces « routes » parallèles à l’histoire principale sont, comme le veut la tradition chez ChunSoft, déblocables à mesure que vous découvrez davantage de fins alternatives dans le scénario principal. Ces « routes » ne sont généralement pas très sérieuses, aussi ne soyez pas surpris de croiser quelques yôkai (dont Zashiki Warashi, déjà effleurée dans l’histoire principale), quelques terroristes ayant pris d’assaut votre petite pension perdue en pleine montagne (oui, il faut le vouloir) et pas mal d’autres détails pas piqués des hannetons (dont un scénario hentai auparavant proposé en DLC mais désormais gratuit). C’est une bonne idée (qui existait déjà en 1998), car cela permet de revisiter quelques lieux bien connus tout en découvrant de nouvelles réactions, de nouveaux dialogues et de nouveaux embranchements. Les embranchements… Si vous avez déjà joué à un vieux Visual Nouvel, vous savez qu’ils en constituent la substantifique moelle, le nerf du « gameplay ». Dans un Visual Novel, vous lisez en effet de nombreux textes, faites parfois des choix (cruciaux ou anodins) qui ont pour effet, à certains moments, de vous embarquer dans différentes branches de l’histoire – d’où la présence de 59 fins (hors DLC). Il vous est alors possible de faire apparaître la carte de l’histoire, c’est-à-dire de ses embranchements. Vous pouvez ainsi naviguer dans le scénario, revenir en arrière et choisir à dessein une réponse différente de celle que vous aviez donnée auparavant. Ce truchement génial vous permet donc de jouer au jeu à l’envers, d’enquêter à rebours en ayant en tête des éléments que vous n’aviez pas nécessairement lors de votre première partie. On peut aimer, ou pas. En général les amateurs de Visual Novels adorent.

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SHIN KAMAITACHI NO YORU se déroule presque exclusivement en huis clos, dans une pension isolée en pleine montagne, et dont les occupants ne pourront pas s’échapper en raison d’une furieuse tempête de neige – ce qui explique aussi l’incapacité des secours à se rendre sur place. Pour les fans, c’est un vrai plaisir de se retrouver ainsi pris au piège d’une pension, perdue au milieu de nulle part : ça nous rappelle l’atmosphère du premier jeu, puisque les épisodes 2 et 3 avaient quelque peu rompu avec cette tradition. Oui SHIN KAMAITACHI NO YORU est le jeu du retour aux sources, du respect des traditions. D’ailleurs les innovations y sont injectées à doses homéopathiques : de rares inspections dans quelques salles (c’est plus impressionnant sur Vita, grâce à la fonction gyroscopique), ou encore des confrontations d’indices – une initiative très sympa, permettant d’ailleurs de diversifier encore davantage les embranchements du scénario (selon la perspicacité dont vous ferez preuve durant ces phases). À noter, également, l’apparition d’un mode online. Eh oui c’est possible, même dans un Visual Novel ! Il vous faudra, je crois, tenter de résoudre une énigme avant d’autres joueurs, en temps réel – en gros. Alors j’ai bien précisé « je crois » car j’ai été dans l’impossibilité de me connecter pour jouer. Est-ce parce que les parties en ligne ne sont plus disponibles deux ans après la sortie du jeu ? C’est bien possible, et ça n’a fait que renforcer mon opinion à ce sujet : les modes online implantés nonchalamment  dans les jeux solo c’est à la fois inutile, artificiel et en plus il y a une date de péremption !

Mis à part cet écueil et la pauvreté technique, avouons que ce SHIN KAMAITACHI NO YORU est plutôt agréable à parcourir. Les fans de Visual Novels y trouveront leur compte, même si l’ambiance est ici un peu moins réussie que dans le premier jeu de la série.

Note : joystick 2joystick 2joystick half

Pas forcément très beau, avare en nouveautés (la confrontation d’indices c’est bien, le online auquel je ne peux plus me connecter, c’est mal), ce premier (et unique ?) KAMAITACHI NO YORU développé pour la PlayStation 3 (le quatrième dans la série) fera incontestablement passer un bon moment aux aficionados des Visual Novels – il faut bien évidemment comprendre le japonais et ses kanjis. On regrettera quand même quelques personnages caricaturaux (l’otaku : au secours !) ainsi qu’une histoire moins prenante que dans les opus précédents, et ce malgré le huis clos imposé qui plait généralement aux amateurs de mystères et de littérature policière. En bref SHIN KAMAITACHI NO YORU est un bon jeu… mais j’en attendais beaucoup plus.

Images : site officiel

Vidéo promotionnelle :

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