L’Abbaye des Morts (Megadrive, 2017)

L’ABBAYE DES MORTS
Année : 2017
Studio : Locomalito / MoonWatcherMD
Éditeur : PlayOnRetro
Genre : l’église cathodique
Joué et testé sur Megadrive
Support : cartouche


Au XIIIème siècle, la cruauté de l’Église catholique était telle que les gens considérés comme des hérétiques étaient traqués et mis à mort. Les Cathares faisaient partie de ces pauvres hères, et Jean Raymond fut l’un d’eux. Il parvint à s’enfuir pour se réfugier dans une abbaye immense, dans le Languedoc – où le pauvre Cathare était désormais persona non grata. Cette abbaye abandonnée serait-elle sa porte vers le salut ? Ou au contraire, son tombeau ? Dans l’étrange bâtisse, Jean Raymond ira de surprise macabre en expérience fatale… Des êtres démoniaques hantent en effet ces murs depuis trop longtemps tombés dans l’oubli. Le Cathare retrouvera-t-il la trace des âmes de ses douze frères, morts dans l’abbaye alors qu’ils étaient, eux aussi, venus y chercher un frêle abri ?

On ne présente plus Locomalito et Gryzor87, respectivement développeur et musicien, ayant jusque-là œuvré dans le freeware, et qui ont su retranscrire avec une certaine modernité les codes de nos jeux d’antan. Les intéressés sont quelque peu passés sur le devant de la scène vidéoludique depuis que certaines de leurs productions ont été remaniées, enrichies et parfois portées (par d’autres) sur les consoles actuelles. Je vous conseille, par exemple, de vous jeter tête la première dans l’exceptionnel CURSED CASTILLA EX, brillant hommage à BLACK TIGER et à GHOSTS’N GOBLINS, et globalement pensé comme un jeu d’arcade, ou encore dans SUPER HYDORAH, qui flirte dangereusement avec les shoot’em up à l’ancienne. L’ABBAYE DES MORTS, en français dans le texte, a lui été réalisé comme un jeu micro. Il faut dire qu’il a d’abord été pensé pour rendre hommage au ZX Spectrum – un développeur l’a même adapté officiellement sur cette plate-forme (au format physique !). Puis, le jeu fut porté sur Megadrive par MoonWatcherMD, et finalement édité sur une vraie cartouche par PlayOnRetro. C’est cette version qui nous intéresse aujourd’hui.

Locomalito et Gryzor87 ont créé L’ABBAYE DES MORTS durant un séjour en France, dans le Languedoc – d’où le titre français. Le jeu conte l’oppression vécue par les Cathares au XIIIème siècle, reconnus comme des hérétiques par l’Église catholique. De véritables croisades furent ainsi organisées pour se débarrasser des Cathares dans le Sud de la France, notamment dans le Languedoc. La fin du jeu de Locomalito, qui se veut très sérieuse, fait littéralement froid dans le dos. Mais trêve de tergiversations historiques… passons au sujet vidéoludique : L’ABBAYE DES MORTS est un petit jeu de plates-formes dans la plus pure tradition des micro-ordinateurs 8 bits. Entendez par là que ses mécaniques sont un peu obsolètes, et plus rigides que sur des jeux pensés pour les consoles. C’est un peu lent, sans scrolling, on ne peut pas tirer (juste sauter et se baisser puis ramper), c’est relativement court et… particulièrement dur ! Je pense sincèrement que de purs consoleux auront un peu de mal à apprécier ce voyage dans l’histoire de France et de la micro-informatique.

L’ABBAYE DES MORTS est par conséquent un jeu vidéo de niche – il ne s’adresse qu’aux retrogamers… et même parmi ceux-ci, tous ne se sentiront pas concernés. Vous voilà prévenus. Si vous correspondez au profil, si vous avez grandi avec un ZX Spectrum ou un Amstrad CPC et si vous n’avez pas peur des challenges courts, mais relevés, L’ABBAYE DES MORTS risque bien de vous faire chavirer. Parce qu’il faut tout de même préciser que malgré ses atours obsolètes, et quelques passages un brin frustrants, L’ABBAYE DES MORTS a bel et bien un pied dans la modernité : checkpoints, hitbox, maniabilité… tout a été fignolé jusque dans les moindres détails – contrairement à tant de jeux micro des années 80. Et puis, il y a cette touche inimitable, cette marque de fabrique qui fait désormais la réputation de Locomalito : le bougre sait ce qui est susceptible de faire plaisir aux retrogamers. Des passages secrets bien pensés, des indices disséminés çà et là, une maniabilité sans failles, et quelques morceaux non pas de bravoure mais de troubadour… du jeu vidéo. Un trip presque contemplatif : lorsque vous vous avancerez pour la première fois sur le balcon, près de la porte principale de la bâtisse. Pas pour obtenir une relique magique. Ni même un manuscrit pour vous guider. Mais seulement pour profiter du panorama. De la musique. À l’instar des Cathares, prenez-moi pour un hérétique, mais moi tout cela suffit à me transporter.

Si j’ai finalement vaincu l’ultime boss et les différents tableaux du jeu (une petite trentaine me semble-t-il), j’ai néanmoins l’impression de ne pas avoir encore percé tous les secrets de l’abbaye des morts – je suis certain d’avoir découvert un passage secret, mais il me semble inaccessible. Pour l’instant ? L’aventure, je m’y replongerai encore. C’est sûr. C’est dur ? Moins, dès lors que vous avez terminé le jeu une première fois – le mode hard est même plus abordable qu’il n’y parait au premier coup d’œil – car lorsque vous vous y frotterez, vous connaîtrez le jeu par cœur. Une seule vie au départ, et quelques petites choses qui diffèrent : notamment les Enfers, et ce boss aux boulettes un brin plus rapides que dans le mode normal. Je préfère ne pas entrer dans les détails, mais le jeu en a dans les entrailles ! En effet, lorsque vous finirez le jeu en hard, une surprise de taille vous tendra les bras… pour mieux vous tordre le cou ?!? On prend donc un réel plaisir à se replonger dans l’aventure, à se jouer des pièges retors de L’ABBAYE DES MORTS. Surtout, vous pouvez vous amuser à visiter les lieux sous plusieurs angles différents : habillage Megadrive bien sûr (fort joli, superbes musiques), mais aussi Game Boy, Spectrum, PC CGA (le truc qu’on a tous toujours trouvé hideux), MSX, etc. Alors bien sûr, il ne s’agit que de skins, et non d’émulation. Sur Megadrive également, on ne peut pas dire que le jeu exploite la belle de Sega jusque dans ses courbes et recoins les plus fourbes. Mais qu’importe. L’ABBAYE DES MORTS est avant tout un jeu pensé comme un jeu micro. Cette version Megadrive, c’est un peu la cerise sur le gâteau.

Note :     Nostalgie :

L’ABBAYE DES MORTS est considéré comme l’un des jeux les plus cultes de Locomalito et Gryzor87. Culte, certes, mais avant tout pour les nostalgiques d’une époque révolue : celle de la micro-informatique 8 bits – pas sûr que les joueurs peu habitués à ce support apprécient le voyage court, mais à la difficulté relevée, concoctée par la Dream Team espagnole. Pour ma part, j’ai trouvé ce jeu (ici porté sur Megadrive par un groupe de passionnés) absolument enchanteur. Dur, parfois un peu frustrant c’est vrai, mais pas injuste. En effet, si L’ABBAYE DES MORTS garde définitivement un œil dans le rétro, il regarde aussi vers le futur : peaufiné jusque dans ses moindres détails – hitbox, maniabilité, checkpoints… Le retrogaming intelligent dans toute sa splendeur.
PS : PlayOnRetro propose désormais son jeu (initialement sorti sur cartouche) en téléchargement légal, ici. Ce n’est plus l’abbaye des morts, c’est l’abbaye des roms !

Images : PlayOnRetro

Vidéo :

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Une réponse à L’Abbaye des Morts (Megadrive, 2017)

  1. Tatsael dit :

    Y’a un côté Roland in time qui n’est pas pour me déplaire !
    Merci de la trouvaille 😉

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