Geisha (Amiga, 1990)

GEISHA
Année : 1990
Studio : Tomahawk
Éditeur : Coktel Vision
Genre : Extrême Orient
Joué et testé sur Amiga 500
Support : disquette


Eve, la jolie Eve a été kidnappée sous vos yeux tandis que vous la preniez en photo dans des poses langoureuses… Deux yakuzas ont en effet pénétré dans votre appartement parisien et vous ont violemment pris à partie… avant que le plus gros des deux, peut-être un lutteur de sumo, ne soulève la jeune femme comme une simple plume. Se pourrait-il que votre petite amie ait tapé dans l’œil d’un chef yakuza, lorsque celle-ci s’est rendue à Tokyo pour participer à un congrès d’astrophysique ?

Vous décidez donc d’embarquer pour le Japon. Sur place, vous achetez un appareil multimédia nommé Hypermed, puis vous vous installez dans votre chambre d’hôtel, à Ginza. C’est alors qu’un mystérieux Mister O vous contacte via Hypermed…

GEISHA n’est pas le premier jeu érotique de Muriel Tramis, puisque EMMANUELLE, moins connu j’ai l’impression, l’a précédé d’une année. De même il ne s’agit aucunement de l’un de ses premiers titres adultes, étant donné que MEWILO et FREEDOM, sortis respectivement en 1987 et 1988, s’adressaient déjà à un public plutôt mature avec des notions historiques et culturelles pointues. GEISHA, qui exploite astucieusement un Japon fripon, n’est pourtant pas rentré dans les annales. Dit vulgairement, le jeu de Muriel Tramis a le (joli) cul entre deux chaises : des idées de game design novatrices, et un fond assez riche ayant anticipé pas mal de choses d’un côté… et des détails moins finement emballés qui relèveraient presque du tue-l’amour vidéoludique de l’autre.


Au pays du seul œil levant…

GEISHA est profondément original. Pour résumer, il s’agit d’un jeu d’aventure dont la chambre d’hôtel constitue plus ou moins le hub – à partir de celui-ci, le joueur aura accès à plusieurs objets, destinations, dialogues et énigmes. La progression se fera via des mini jeux : puzzles, jeux de réflexion voire même des phases d’arcade (la séquence avec la plongeuse nue à la recherche de perles, qu’il faudra protéger en tirant sur les poissons les plus dangereux, ou encore le tout petit shoot’em up avec un vaisseau en forme de pénis qui éjacule pour anéantir ses ennemis). Hélas, certains de ces mini jeux sont, à mon sens, beaucoup trop difficiles – il convient néanmoins de préciser que, pour compenser cela, le programme permet au joueur de sauvegarder sa progression avant chaque session. Mais ce n’est pas toujours suffisant, tant certains passages peuvent s’avérer désespérants : l’énigme avec les chiffres à trouver dans le bon ordre (un petit côté Mastermind), le puzzle final à boucler en moins de 45 secondes… un truc de fou ! Sans l’émulation et ses sacrosaintes savestates, je n’y serais sans doute pas parvenu…

Mais il y a quelque chose de plus vicieux encore, dans GEISHA – et non, je ne parle pas de ce yakuza répondant au doux nom de Mister O (Oli ?!) ni des nombreuses jeunes femmes aux poses lascives et encore moins du boss final en forme de savant fou aux formes folles. GEISHA est en réalité extrêmement retors sur le fond. Ses indices sont le plus souvent cryptiques, et quelques détails sont tout simplement sadiques. Imaginez un peu qu’après avoir sué sang et eau et autre liquide non identifié, vous parveniez à l’avant-dernier tableau du jeu… pour vous rendre compte qu’il vous est absolument impossible d’ouvrir la dernière porte ! Eh oui, il vous manque un objet, un petit truc improbable de la taille d’un pixel que vous avez manqué au tout début de l’aventure – et croyez-moi, la plupart des joueurs passent à côté en général. Le pire, c’est qu’il n’est même pas évident de comprendre de quoi il s’agit, quand on se retrouve bloqué à la fin…

Vous me direz que ce côté cryptique fait aussi partie du charme de GEISHA. Et vous aurez raison. Quand on joue à ce jeu, on a vraiment l’impression de pénétrer là où la main (oui, la main !) du joueur lambda n’a jamais mis le pied. Muriel Tramis a fait des choix audacieux qui peuvent surprendre, voire déstabiliser. Mais n’est-ce pas aussi pour ça, que l’on joue aux jeux vidéo ? Découvrir quelque chose, se faire piéger – moquer ? Un exemple parmi tant d’autres : lors de la première scène du jeu, vous pourrez prendre une photo, une seule, de votre appartement. Au milieu de celui-ci, votre petite amie, dénudée, sexy. Cambrée. Qu’allez-vous photographier ? Sa jolie poitrine… ses jambes, ses pieds habillés de talons aiguilles… le galbe de ses cuisses ? Je mets ma main à couper (oui, seulement la main !) que 99% des joueurs prennent toujours la jeune femme en photo… alors qu’en réalité, il aurait fallu se concentrer sur un autre détail présent en ces lieux !

L’aspect érotique de GEISHA est également plaisant – pas vraiment scabreux, juste coquin. Certaines idées sont même particulièrement novatrices. Le concept de sexe à distance par exemple, ou d’amour virtuel, est presque en avance sur son temps ! Ce n’est pas un hasard si Muriel Tramis a, bien plus tard, travaillé dans le domaine de la réalité virtuelle… L’humour enfin, est plutôt rafraichissant. Souvent assez fin, parfois carrément bourrin : le jeu de cartes sexy et animé à la BATTLE CHESS, ou encore la séquence de shoot’em up avec ce vaisseau en forme de pénis qui crache pour anéantir ses ennemis, qui peut regagner de l’énergie en entrant en contact avec des lèvres pulpeuses ou au contraire se faire blesser en touchant des bouches dentées… C’est bébête mais ça m’a fait rire !


Une femme avec du sexe à piles…

GEISHA demeure un jeu assez bancal, qui souffle le chaud et le froid. Avec les fleurs du mâle de Muriel Tramis, de plaisir ou de souffrance, le râle est de circonstance.

Note :     Nostalgie :

GEISHA est un jeu intéressant mais qui a sans doute mal vieilli. Et pour être parfaitement honnête, je vous avouerai que je n’y avais pas vraiment accroché à sa sortie : difficile, cryptique, parfois un brin injuste… Curieusement, certains testeurs de l’époque l’avaient, au contraire, jugés trop simple (Génération 4). Étaient-ils allés au bout ? Rien n’est moins sûr… Cela démontre en tous les cas que les attentes des joueurs vis-à-vis d’un jeu sont très différentes aujourd’hui. GEISHA demeure par conséquent un objet vidéoludique presque unique, témoin d’une époque révolue et dont les défauts font aussi une partie du charme.

Images : Jeux vidéo et des bas

Vidéo :

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