Ivanhoe (Amiga, 1990)

IVANHOE
Année : 1990
Studio : Ocean
Éditeur : Ocean
Genre : lépreux chevalier
Joué et testé sur Amiga 500
Support : disquette


Au XIIème siècle, Ivanhoé est de retour de croisade. Le trône de l’Angleterre faisant beaucoup d’envieux, le roi Richard Cœur de Lion est enlevé et retenu dans une geôle cachée au milieu d’un dédale de couloirs au sein même d’un château réputé imprenable. Pas de quoi effrayer Ivanhoé qui, armé de son épée et de son si précieux bouclier, s’en va éliminer un à un les mécréants derrière cette forfaiture. Dans la campagne anglaise face à des bandits parfois cachés dans les arbres et tirant des flèches, sur un bateau hélas bien mal fréquenté ou encore sur le dos de son fidèle destrier lancé à toute allure, Ivanhoé va faire mordre la poussière à tous ses adversaires !


Après avoir été un célèbre roman du XIXème siècle, ou encore un excellent film d’aventure avec Robert Taylor au XXème, IVANHOE fut aussi un feuilleton haletant à suivre dans les magazines dédiés aux jeux vidéo en 1989 et 1990, avec son lot de reportages, avant-premières, photos et au moins autant de suspense, de twists et de fieffées traitrises que dans une série Netflix.


En effet, avant même sa sortie le jeu d’Ocean France vendait du rêve – l’équipe qui bossait dessus était composée de surdoués qui avaient déjà fait leurs preuves : Michel Janicki à la programmation, Michèle Bacque aux graphismes et Philippe Dessoly pour les arrière-plans ou encore Pierre-Éric Loriaux et Jean Baudlot aux sons et aux musiques. Les intéressés avaient tous travaillé sur l’excellent BEACH VOLLEY en 1989, Michel Janicki et Pierre-Éric Loriaux étaient responsables du génial CABAL, Jean Baudlot avait régalé nos oreilles avec l’inégalé LES VOYAGEURS DU TEMPS, etc. Je précise tout cela pour resituer la sortie d’IVANHOE dans son contexte : de retour de croisade en Terre sainte, le preux chevalier avait tout du Saint Graal vidéoludique pour tout joueur normalement constitué – les magnifiques photos publiées dans tous les magazines de l’époque achevant de convaincre les rares sceptiques. Puis vint enfin la sortie du jeu, et la traitrise dont je parlais un peu plus haut, car les magazines français du moment accueillirent le jeu d’Ocean à bras grands ouverts, pour la plupart d’entre eux, avec des notes de 90% dans Joystick par exemple, de 97% dans Génération 4 ou encore de 16/20 dans Tilt. Le twist eut lieu dans la foulée, lorsque les joueurs naïfs et impatients insèrent la disquette d’IVANHOE dans leur Amiga 500 ou Atari ST. Ils réalisèrent alors que le jeu n’avait rien de vraiment bon. Il était même plutôt moyen, voire particulièrement mauvais pour certains.


Je ne dis pas du mal d’IVANHOE par plaisir, surtout que j’ai beaucoup de respect pour les gens ayant travaillé dessus. Ceux-ci confirmèrent même par la suite qu’ils avaient toujours beaucoup de talent, puisqu’ils participèrent au développement de superbes jeux tels que TOKI, MR. NUTZ, OPERATION STEALTH, LIQUID KIDS et tant d’autres ! On peut dès lors se demander ce qui n’a pas tourné rond, au royaume d’Ocean et de ses pontes au visage rubicond – s’agit-il du rouge de la honte, ou de celui du bon vivant croulant sous le pognon ? L’équipe derrière IVANHOE a-t-elle été écrasée par un projet trop ambitieux, par des délais impossibles à tenir ? La question mériterait d’être posée aux principaux intéressés… C’est d’autant plus rageant que le jeu fait illusion, l’espace de quelques instants : une jolie intro, des graphismes et des musiques réussis et le plaisir pris durant les premières minutes de l’aventure – on s’amuse à frapper, à se baisser et surtout à parer avec notre bouclier. Une vraie bonne idée ! Les passages à cheval fonctionnent également, et se révèlent particulièrement grisants.


Hélas tout le reste s’effondre rapidement, à la manière d’un château de cartes médiévales aux fondations bien trop fragiles, d’un jeu à la maniabilité fatale… Les coups sont ainsi affreusement mal fichus, on a toutes les peines du monde à avancer sans se faire toucher, sauter en frappant relève de la douce torture et jouer en s’amusant devient vite trop dur… Même les petites séquences bonus en mode VS Fighting, originales sur le papier, peinent à convaincre en raison de leur exécution ratée. Et que dire du dernier niveau du jeu, un labyrinthe à parcourir en temps limité et ne proposant aucun boss de fin, venant par la même occasion achever les maigres espoirs d’un joueur nauséeux, fatigué et besogneux ? À la décharge des développeurs, il faut bien reconnaitre que leur projet de gameplay (frapper, sauter en frappant, parer dans toutes les directions et le tout avec un seul bouton) relevait de la triste gageure.

Sans être une vraie catastrophe française du jeu vidéo, IVANHOE constitue malgré tout un joli coup d’épée dans l’eau.

Note :   Nostalgie :

Déjà en 1990, lorsqu’il est sorti, IVANHOE ne m’avait pas convaincu. Réussi sur la forme (graphismes, musiques…), le jeu d’Ocean France pêchait au niveau de la maniabilité, du game design… J’avais rapidement lâché l’affaire à l’époque, pour me concentrer sur des titres mieux fignolés. Il convient malgré tout de préciser qu’IVANHOE n’est qu’une simple erreur de parcours sur le CV des artistes talentueux ayant travaillé sur ce projet, puisqu’ils ont prouvé à maintes reprises qu’ils savaient programmer de très bons jeux.

Images : Jeux vidéo et des bas

Vidéo d’époque :

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