Les dossiers de l’écran pixélisé : la bifurcation temporelle vidéoludique

Vous vous souvenez sans doute de la théorie du Doc Emmet Brown dans BACK TO THE FUTURE : la bifurcation temporelle, deux lignes du temps qui évoluent en parallèle… deux réalités qui coexistent en ignorant l’existence de l’autre, en raison d’un évènement inopportun survenu à un instant X dans le passé. Eh bien, cet évènement inattendu est arrivé à plusieurs reprises durant l’histoire des jeux vidéo – au point de bouleverser cette dernière ? N’exagérons rien, mais du temps où les frontières entre le Japon et l’Occident étaient moins perméables en termes vidéoludiques, les joueurs ont pu assister, dans les années 80 et 90, à plusieurs paradoxes intéressants ! En voici trois exemples non exhaustifs.

NEKKETSU KÔHA KUNIO-KUN est un super beat’em all sorti en 1986 sur les bornes d’arcade japonaises, rapidement suivi par une adaptation sur la Famicom (1987). En Occident le jeu, intitulé RENEGADE, est un peu différent, graphiquement parlant, mais sur le fond, l’expérience demeure inchangée, que ce soit sur les bornes américaines ou sur NES. C’est lorsque des éditeurs européens vont prendre les choses en main que l’histoire va prendre une tournure intéressante… Imagine Software produit ainsi un jeu radicalement différent pour certains ordinateurs, par exemple sur Amstrad – tandis que sur Amiga c’est toujours produit par Taito, on retrouve donc un jeu plus proche de l’esprit originel. Ce RENEGADE 8 bits va alors évoluer, durant plusieurs années, dans une espèce d’univers parallèle : bien évidemment ignorée au Japon, où KUNIO-KUN vit sa vie avec de nombreux jeux, cette nouvelle série va connaître deux suites. TARGET RENEGADE en 1988, un excellent jeu, puis RENEGADE III en 89, la douche froide absolue.

Le grand public ne se souvient pas forcément du tout premier STREET FIGHTER – le jeu n’était pas vraiment bon. La borne vit le jour en 1987 au Japon. Le jeu fut adapté sur PC Engine en 1988 (sous un titre différent : FIGHTING STREET) et en Europe c’est l’éditeur britannique U.S. Gold qui s’occupa des portages sur ordinateurs personnels. On passera rapidement sur la qualité de ceux-ci, pour s’attarder sur… la suite de STREET FIGHTER. Eh non, il ne s’agit pas de STREET FIGHTER II, mais de HUMAN KILLING MACHINE ! U.S. Gold profita de ses contrats pour rapidement boucler une suite officieuse à sa sauce (anglaise, berk). Capcom n’étant pas dupe (ou n’ayant pas reçu le chèque adéquat ?) U.S. Gold ne put pas accoler le sous-titre “STREET FIGHTER II” à son jeu. HKM vit néanmoins le jour en 1989 en Europe, sur tout un tas d’ordinateurs, tandis qu’il faudra attendre 1991 pour voir Capcom réaliser le chef d’œuvre STREET FIGHTER II en Arcade – puis 1992 sur Super Famicom. Si on joue quelque peu sur les mots (les maux ?!?), la première suite de STREET FIGHTER serait donc en réalité… HUMAN KILLING MACHINE. J’avoue, il vaut mieux continuer à ignorer la réalité !

Same player, shoot again… mais cette fois avec plus de succès, puisque U.S. Gold ne s’est pas arrêté en si bon chemin. Des contrats plein les fouilles, l’éditeur britannique a adapté de nombreux titres japonais issus de l’Arcade – souvent pour notre plus grand malheur. STRIDER n’a pas échappé à la guillotine la règle. La borne originelle de Capcom date de 1989, et la même année les portages ont suivi en Europe sur les ordinateurs personnels, notamment. Jamais avare en bon deal, U.S. Gold a su négocier finement pour adapter le mythique STRIDER : ils ont obtenu les droits pour développer leur propre suite dans la foulée ! Le titre ? STRIDER II (le plus souvent en chiffres romains, c’est important). Je n’y ai jamais joué, mais sans être un ratage complet je crois, il n’a pas vraiment bonne réputation. Il est sorti en Occident uniquement, sur de nombreuses machines : Amiga, Genesis, Master System, Amstrad, etc. Le Japon vivant loin de tout ça, les spécialistes d’alors soutiennent même qu’il pourrait s’agir d’une bifurcation temporelle, une autre suite à STRIDER vit le jour en… 1999 ! Sur Arcade et PlayStation une année plus tard. Le jeu est très bon, et a eu l’intelligence de s’écrire différemment : adieu les chiffres romains, veuillez saluer son altesse STRIDER 2.

 

… Nom de Zeus !

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